Les sérieux embarras de Bill Clinton, dont les conséquences sur sa présidence restent imprévisibles, ne devraient pas pour autant menacer l’inaltérable expansion américaine, même si ce dernier scandale sexuel engendre une incertitude toujours détestable pour les marchés financiers, s’accordent à dire plusieurs experts. Cette affaire a éclaté au moment où tout est quasiment parfait dans l’état économique de l’Union, soulignent plusieurs conjoncturistes. L’inflation reste maîtrisée, la croissance demeure solide à 3%, le chômage est, à moins de 5%, au plus bas depuis vingt-cinq ans, les taux d’intérêt à long terme sont retombés à leur niveau de l’automne dernier, Wall Street demeure résolument haussière, le dollar est vigoureux et le budget de l’Etat est excédentaire. Même la grave crise financière en Asie, qui menace d’amputer une partie de l’expansion américaine en 1998, paraît se calmer. Désormais, relève Jeffrey Applegate, le responsable de la stratégie d’investissement de Lehman Brothers, «nous avons une nouvelle variable négative sur les marchés: un accroissement du risque politique aux Etats-Unis». L’affaiblissement du président résultant de cette situation pourrait handicaper la Maison-Blanche dans ses efforts pour obtenir d’un Congrès déjà très réticent les fonds supplémentaires demandés par le Fonds monétaire international (FMI) pour pouvoir faire face à une nouvelle aggravation potentielle de la crise en Asie, selon Ronald Hill et Slavka Bachurova-Glaser de la firme d’analyse Brown Brothers Harriman. Risque d’incertitude «Si cette affaire s’aggrave, cela pourrait créer de l’incertitude, avoir peut-être un impact négatif modeste et temporaire, sur les marchés, mais sans plus», a estimé Lawrence Chimerine, le principal économiste de l’Economic Strategic Institute, un institut d’étude privé de Washington proche des démocrates. «Même si Bill Clinton est contraint de démissionner, ce dont je doute, la même équipe restera en place et fera la même politique», a-t-il dit. Le secrétaire au Trésor Robert Rubin, un ancien de Wall Street, est la véritable caution de la Maison-Blanche sur les marchés dont il a la confiance. Le président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan — indépendant du pouvoir politique et grand maître de la politique monétaire américaine —, est l’autre élément de stabilité pour les investisseurs, a expliqué M. Chimerine. M. Rubin avait exprimé un soutien sans faille au président Clinton et indiqué son intention de demeurer à son poste pour au moins un an. Il démentait ainsi des rumeurs de démission qui avaient couru vendredi sur les marchés, provoquant des tensions sur le marché obligataire. Ce sont les raisons pour lesquelles, a-t-il souligné, «ce genre de crise n’a pas beaucoup d’importance sur la marche de l’économie». Historiquement, le scandale du Watergate, qui après un an et demi a conduit à la démission de Richard Nixon en août 1974, n’a eu qu’un impact limité sur les marchés et quasiment inexistant sur l’économie, a rappelé Lawrence White, professeur d’économie à Stern, l’école de gestion de l’Université de New York. Wall Street connaissait alors la période de contraction la plus sévère de son histoire en raison du choc pétrolier de 1973, a-t-il expliqué. Richard Sylla, professeur d’histoire financière également à Stern, a de son côté noté que les décideurs et le public américain — dont les fonds de retraite sont de plus en plus largement investis à Wall Street —, se soucient davantage des résultats financiers trimestriels des entreprises et de l’impact de la crise asiatique sur ces résultats, que des affaires sexuelles de Clinton. «Ils voient Dow Jones et non Paula Jones», se plaisent à répéter des analystes. Paula Jones a intenté un procès pour harcèlement sexuel à Bill Clinton. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les sérieux embarras de Bill Clinton, dont les conséquences sur sa présidence restent imprévisibles, ne devraient pas pour autant menacer l’inaltérable expansion américaine, même si ce dernier scandale sexuel engendre une incertitude toujours détestable pour les marchés financiers, s’accordent à dire plusieurs experts. Cette affaire a éclaté au moment où tout est quasiment parfait dans l’état économique de l’Union, soulignent plusieurs conjoncturistes. L’inflation reste maîtrisée, la croissance demeure solide à 3%, le chômage est, à moins de 5%, au plus bas depuis vingt-cinq ans, les taux d’intérêt à long terme sont retombés à leur niveau de l’automne dernier, Wall Street demeure résolument haussière, le dollar est vigoureux et le budget de l’Etat est excédentaire. Même la grave crise...