Soif d’authenticité, retour à la nature et aux recettes de bonnes femmes? Indéniablement, la phytothérapie a profité de «la folie verte» ici comme ailleurs dans le monde. Le traitement par les plantes trouve un succès grandissant parmi les Libanais. La demande est en hausse. L’offre tente de suivre. Pas une pharmacie qui ne propose ces gélules produites à l’étranger. Mais pour ce qui est de la fabrication locale, et bien que le pays soit riche en plantes médicinales, on constate un vide. La phytothérapie est populaire mais tant qu’elle n’est pas enseignée comme discipline dans les facultés de médecine et de pharmacie, et tant qu’elle n’est pas reconnue par l’Ordre des médecins, elle n’acquerra pas ses lettres de noblesse. Historiquement la phytothérapie a été le premier moyen utilisé par les populations pour soigner les maladies. Tradition ou magie se mêlaient étroitement pour former un ensemble de «recettes». Du mélange ancestral a été élaboré une science de phytothérapie qui a formalisé l’emploi des plantes en médecine en tentant de démêler le vrai du faux, le scientifique du magique. L’homme à son stade le plus primitif a toujours utilisé le règne végétal d’abord pour son alimentation, ensuite pour le traitement de certaines maladies. Galénique, un Grec vivant à Rome en 163 av. J.-C. est le fondateur de la pharmacopée galénique. Il a répertorié 473 produits d’origine végétale dont la sauge, cette fameuse panacée antidote de poison par excellence. Par la suite, les Perses et les Arabes ont joué un rôle important dans le développement de la médecine par les plantes. Al-Razi et Abou Ali Ibn Sina, dans son traité «Kanoun el-Tobb» (Code de médecine). Au 18e siècle, les Français Jussieu et Limé classifièrent la plupart des plantes à usage médicinal. Le 20e siècle marque l’apogée du traitement chimiothérapiques adopté pour la plupart des maladies. L’usage de la phytothérapie reprend du poil de la bête à cause des allergies, intolérances ou intoxications dues à l’accumulation des médicaments artificiels que le corps humain ne peut plus supporter. Ainsi, récemment beaucoup de médecins et de pharmaciens sont revenus à l’étude et à l’application de nouveaux remèdes naturels, efficaces, réutilisés à bon escient ou découverts par des botanistes explorateurs qui les trouvent dans le monde entier sur terre et même en mer. Tradition Au Liban, pays issu des grandes civilisations phénicienne et arabe, le bon peuple des villages a fortement tendance à se soigner par les plantes. Le corps médical libanais n’a encore suivi ce mouvement que timidement. Cela est dû principalement au fait que cette discipline n’est pas enseignée dans les facultés locales de médecine, de pharmacie ou de biologie, alors qu’elle l’était il y a un demi-siècle à la Faculté française de médecine. M. Pierre Malichev, pharmacien, souligne qu’«il y a cinquante ans, un certain Pierre Lys donnait des cours de botanique appliquée à la matière médicale. Il a ainsi formé des centaines d’étudiants. Certains pratiquaient le traitement des maladies par les plantes. Le Dr Lys a étudié et répertorié les plantes médicinales poussant sur le sol libanais, notant leurs vertus thérapeutiques. La plupart de ses étudiants sont aujourd’hui à la retraite ou ont quitté ce monde». Subsistent quelques-uns qui, à l’instar de M. Malichev, vont à la recherche des plantes, les identifient, les traitent et les mettent aux étalages des pharmacies spécialisées. - D’après un distributeur local de produits pharmaceutiques, le marché de la phytothérapie a augmenté de 10% en 1996. Les plantes, ça marche... Surtout auprès des femmes. Une pharmacienne dresse le profil type des «phytophiles»: la dame quadragénaire, cultivée et généralement sportive. On pense à Alice, héroïne d’un film de Woody Allen. New-Yorkaise bon teint elle quitte son appartement de la Cinquième Avenue pour se ravitailler en herbes magiques chez son cher Dr Yang... Dangers Qui s’en étonne? A l’aube de l’an 2000, les plantes sont partout présentes. Dans le Vidal, la bible de la pharmacopée, aussi puisque 60% des médicaments qui y figurent sortent tout droit des herbiers: de l’aspirine (issue du saule) à la morphine (extraite du pavot) en passant par la digitaline (conçue à partir de la fleur de digitale). Plus récemment, le Taxol, un anticancéreux, a vu le jour grâce à l’écorce d’if. Dans ce cas, c’est la propriété toxique de la plante qui a été exploitée. Alors vous avez dit médecine douce? Les scientifiques récusent cette appellation. «Si vous mangez une feuille de digitale, vous avez un arrêt cardiaque net!», rappelle un médecin. «Entre toxicité et efficacité, la frontière est floue». Cela dit, la plante au naturel a, en principe, nettement moins d’effets secondaires que ses cousins médicamenteux. Et elle est beaucoup moins pointilleuse. Si la phytothérapie est généralement inoffensive il n’en demeure pas moins que certaines plantes sont extrêmement toxiques (le muguet, la colchique). Au niveau, les méthodes de récolte et de fabrication sont capitales. Suivant la période de récolte, telle ou telle plante présentera des éléments plus ou moins marqués. La fabrication du produit fini prendra aussi une importance du fait des conditions de séchage, de stockage, de la forme choisie: comprimés, gélules, tisanes... Complément A l’heure actuelle, la phytothérapie trouve parfaitement sa place en complément de traitements, par exemple dans l’arthrose, le cholestérol, ou dans l’approche de troubles légers du sommeil ou de l’humeur. Par contre, il est déraisonnable d’arrêter un traitement pour une affection grave pour lui subsister un traitement à base de plantes. Certains produits et non des moindres, anticancéreux, cardiotoniques, etc, sont issus des plantes par extraction ou transformation, vouloir les remplacer par la plante entière constituerait un recul de la thérapie. Aujourd’hui, on utilise les plantes sous des formes modernes que sont les tisanes en sachets, les gélules de plantes, les comprimés, les timbres et les chewing-gums. Chacun pourra choisir la forme qui lui convient le mieux ou celle qui lui sera prescrite par le médecin. De par la multiplicité de ses composants, donc de ses actions, le maniement ou l’utilisation de la plante est loin d’être une chose simple. En phytothérapie, il n’y a pas de recette et l’art du médecin phytothérapeute consistera à trouver la forme galénique la plus appropriée, et là où les plantes correspondant le mieux au profil du malade, à sa pathologie. «Deux données sont fondamentales: la nécessité d’un diagnostic précis et correct et la maîtrise de l’instrument thérapeutique. Cela semble aller de soi pour la mise en route d’un traitement chimique ou chirurgical mais paraît malheureusement moins évident lorsqu’il s’agit de plantes», précise M. Malichev. La vente libre sur les présentoirs de pharmacie ou les maisons diététiques d’essences ou de gélules de plantes constitue également un danger potentiel, l’automédication devant rester ponctuelle ou passagère... Maya GHANDOUR
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