WASHINGTON — Irène MOSALLI. - Il était une fois un président des Etats-Unis qui eut la malencontreuse idée de ne pas résister aux charmes d’une jeunesse de quatorze printemps. Horreur, scandale, ignominie quand l’affaire éclate au grand jour. Mobilisation du ban et de l’arrière-ban, pour sauver les meubles. Une attaque militaire contre un pays étranger qui continue à narguer la plus grande puissance du monde tombe à point nommé pour détourner l’attention de cette histoire d’alcôve. Un scénario que Bill Clinton offre sur un plateau en argent aux producteurs hollywoodiens. Mais trop tard. Les moguls du septième art ont bien des longueurs d’avance. Depuis plus d’un mois, les écrans américains projettent un film à succès intitulé «Wag The Dog» qui traite ce sujet. A la différence que la réalité est plus incroyable que la fiction, avec son lot de luttes pour le pouvoir, de manœuvres politiques et judiciaires, de suspenses, et de salacité. Dans «Wag The Dog», qui est une satire, mise en scène par Barry Levinson, d’après un script de David Mamet, l’entourage présidentiel, avec en tête son conseiller médiatique (Robert de Niro), fait appel à un producteur hollywoodien (Dustin Hoffman) pour monter une guerre contre l’Albanie. Un film à petit budget, mais intelligemment bâti et bien enlevé. Un bon divertissement jusqu’à ce qu’éclate le «zipgate» (comprendre le «braguettegate», comme on dirait Watergate). Car, en restant chez soi et en regardant la télévision, tous canaux confondus, on est assuré du grand frisson, et de l’attente du prochain épisode. Sauf qu’ici, l’attente n’est pas intenable, comme lorsqu’on attend «la suite, la semaine prochaine», comme dans tout feuilleton qui se respecte. Ici, c’est matin, midi et soir qu’on a droit à des rebondissements et à des coups de théâtre. Avec en prime, la crème de la crème politique, économique, judiciaire, médiatique, académique et scientifique qui est invitée à venir analyser, sonder, disséquer, expliquer, réfuter la situation. Dans ce contexte, où la réalité fait pâlir de jalousie la fiction, il n’est pas surprenant que les producteurs du film «Primary Colours» tremblent pour leur box-office. Ce film qui doit sortir en mars est tiré d’un ouvrage qui, à sa parution, avait fait grand bruit, car il relatait, en termes à peine voilés, les dessous de la campagne présidentielle de Bill Clinton. Côté distribution, on a mis le paquet: les vedettes en sont John Travolta (à qui ont a donné l’allure et les manières de Clinton), Emma Thomas (en épouse, toute en détermination du candidat à la présidence). On craint que ce film ne fasse pas un tabac, parce que les spectateurs continuent à rechercher la fantaisie et une distanciation avec la réalité. Et ces films qui veulent copier la vie ne stimulent que la curiosité. La magie n’y trouve plus droit de cité.
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