L’Indonésie est ruinée, la monnaie nationale a perdu plus de 80% de sa valeur par rapport au dollar en six mois et la quasi-totalité des entreprises sont techniquement en faillite mais les manifestations et les signes tangibles de la crise sont rares. Il n’y a de signe d’urgence dans le déroulement de la vie politique du pays, jamais bouillonnante durant les 32 ans de pouvoir exercé sans partage par le président Suharto. «Il n’y a pas de la part du gouvernement le sens que nous sommes dans une crise. Tout continue comme d’habitude», constatait ainsi vendredi dans le journal Jakarta Post. «Ce refus de la réalité est évident dans les déclarations officielles qui semblent faites avec l’illusion que la situation n’est, après tout, pas si mauvaise», ajoutait le quotidien. Les émissaires venus à Jakarta, fonctionnaires, hommes d’affaires ou journalistes, qui arrivent par dizaines, demandent qu’on leur «montre la crise». Hormis les grues immobiles sur les chantiers arrêtés et les étiquettes surchargées de râtures qui essaient de suivre la hausse des prix, il n’y a rien à voir pour l’instant. Le prix des denrées de base, et notamment du riz a, en général et malgré le contrôle toujours en place du gouvernement, triplé en moins de deux mois. Des centaines de milliers d’employés ont été licenciés et, selon le syndicat officiel, 3 millions sont menacés à court terme. Pire, de nombreuses entreprises n’ont pas été en mesure de payer les primes annuelles qui sont, dans ce pays à majorité musulman, versées à la fin du mois de jeûne du ramadan. Beaucoup n’ont versé qu’une partie du minimum légal d’un mois de salaire et certaines partiellement en nature. Personne ne sait quelles seront les entreprises qui pourront rouvrir leurs portes, début février, au retour du congé traditionnel. Il n’y a pas en effet de véritable loi sur les faillites en Indonésie, et les ouvriers comme les banques débitrices ne découvrent qu’une entreprise a coulé que lorsque ses portes restent fermées et que l’on n’y décroche plus le téléphone. «Dans n’importe quel pays d’Amérique latine d’où je viens, d’Afrique où j’ai été en poste, la population serait dans les rues et ça brûlerait partout», selon un diplomate récemment arrivé en Indonésie. A Jakarta comme dans l’ensemble des principales villes de ce pays de 202 millions d’habitants, seuls quelques mouvements de panique ou de colère isolés à la suite des hausses ont été signalés, les plus graves dans la province de Java-est, traditionnellement frondeuse. Quelques poignées de manifestants se sont brièvement rassemblés devant l’Assemblée nationale pour demander que Suharto se retire, ou devant l’ambassade des Etats-Unis pour protester contre le FMI. La plus nombreuse n’a pas rassemblé 300 personnes. Jusqu’à présent, les autorités ont réussi à amortir les conséquences des hausses, plus spécialement dans les campagnes, où, selon un spécialiste de circulation de la monnaie est réduite. Mais cela ne sera plus longtemps possible, notamment avec la fin des subventions à la plupart des produits alimentaires et de l’énergie qui se fera immédiatement sentir sur les transports. «La population semble actuellement comme anesthésiée», constatait un diplomate, mais ajoutait-il «il est inévitable qu’elle finira par se réveiller». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Indonésie est ruinée, la monnaie nationale a perdu plus de 80% de sa valeur par rapport au dollar en six mois et la quasi-totalité des entreprises sont techniquement en faillite mais les manifestations et les signes tangibles de la crise sont rares. Il n’y a de signe d’urgence dans le déroulement de la vie politique du pays, jamais bouillonnante durant les 32 ans de pouvoir exercé sans partage par le président Suharto. «Il n’y a pas de la part du gouvernement le sens que nous sommes dans une crise. Tout continue comme d’habitude», constatait ainsi vendredi dans le journal Jakarta Post. «Ce refus de la réalité est évident dans les déclarations officielles qui semblent faites avec l’illusion que la situation n’est, après tout, pas si mauvaise», ajoutait le quotidien. Les émissaires venus à Jakarta,...