La déflation, mot en sommeil depuis la grande crise des années trente, a réapparu dans le discours des économistes à travers le monde, à la faveur de la crise asiatique qui pourrait déclencher la spirale fort dangereuse d’une baisse des prix généralisée. Les Cassandres présentent la chute des prix des matières premières et la forte baisse des actifs en Asie comme la partie émergée d’un iceberg qui pourrait être fatal à l’économie mondiale, entraînant chômage de masse et soulèvements sociaux. Selon les économistes, il faudrait tout de même une erreur de réglage de l’économie américaine ou une brusque dégradation de la situation au Japon pour remettre au goût du jour le plus indésirable des phénomènes économiques. «Rien de ce que vous avez appris chez vous ou à l’école ne vous a préparé à ce qui vous attend: les Etats-Unis n’ont pas connu de déflation systémique depuis les années 1930», remarque Jeanne Terrile première vice-présidente de la banque d’affaires américaine Merrill Lynch. Ces propos sont tirés d’une des nombreuses études sur le thème de la déflation publiées depuis quelques mois par quelques grands noms de la finance internationale. «On ne peut pas dire encore que la vague déflationniste venue d’Asie va être un tsunami (raz-de-marée) ou une vaguelette», estime le chef économiste de Merrill Lynch, Richard Bernstein. L’or, le refuge classique contre la hausse des prix, est tombé à son plus bas niveau depuis 20 ans. Le pétrole, le cuivre ainsi que les autres métaux de base, ont atteint des niveaux jamais vus depuis environ quatre ans, dans la perspective d’une chute de la demande asiatique. De son côté, l’Occident se prépare à une invasion de produits asiatiques rendus encore meilleur marché par la dévaluation des monnaies de la région. Bénéfique pour les consommateurs dans un premier temps, la baisse des prix, si elle se généralise, peut déclencher le mécanisme de la déflation, cercle vicieux qui déprime l’activité économique toute entière. La baisse des prix réduit les bénéfices des entreprises qui, si elles ne font pas faillite, sont incitées à réduire leurs effectifs et les salaires. La consommation des ménages diminue ce qui pénalise encore les entreprises. Des emplois sont encore supprimés et la spirale déflationniste débouche sur la récession. La dette des ménages et des Etats s’accroît et accapare de plus en plus de richesse, au détriment encore une fois de la croissance, selon le mécanisme décrit par l’économiste américain Robert Reich, ancien ministre de l’emploi. «Voici le tableau d’ensemble: des devises en chute et des banques insolvables en Asie, une hausse du chômage dans la principale économie d’Amérique latine (le Brésil) et une baisse des salaires réels dans l’ensemble de la région, la stagnation et le chômage en Europe... tandis que la croissance mondiale se ralentit et la protestation sociale menace», écrit Robert Reich dans un article récent. Pour Geoffrey Dicks, chef économiste de la banque d’affaires britannique NatWest Markets, «aucune économie, quelle que soit sa taille, n’est à l’abri de la pression à la baisse des prix que les dévaluations des monnaies asiatiques vont entraîner». Tout en mettant en garde contre les risques, pas plus Merrill Lynch que NatWest ne s’aventure à prévoir une déflation mondiale à court terme. Car la baisse des taux d’intérêt et le fort niveau d’emploi aux Etats-Unis devraient empêcher un déclenchement du scénario-catastrophe. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La déflation, mot en sommeil depuis la grande crise des années trente, a réapparu dans le discours des économistes à travers le monde, à la faveur de la crise asiatique qui pourrait déclencher la spirale fort dangereuse d’une baisse des prix généralisée. Les Cassandres présentent la chute des prix des matières premières et la forte baisse des actifs en Asie comme la partie émergée d’un iceberg qui pourrait être fatal à l’économie mondiale, entraînant chômage de masse et soulèvements sociaux. Selon les économistes, il faudrait tout de même une erreur de réglage de l’économie américaine ou une brusque dégradation de la situation au Japon pour remettre au goût du jour le plus indésirable des phénomènes économiques. «Rien de ce que vous avez appris chez vous ou à l’école ne vous a préparé à ce...