Le prix Nobel d’économie Merton Miller a joint sa voix lundi au chœur des économistes qui accusent le Japon d’être le coupable numéro un dans la crise asiatique et le somment de mettre de l’ordre dans ses affaires pour permettre à la région de rebondir. La crise n’est pas perçue seulement comme la démonstration de la faillite du modèle économique dirigiste japonais, porté aux nues dans les années 80, mais aussi comme le résultat de la politique de taux d’intérêt et de taux de change choisie par Tokyo pour différer un authentique traitement de sa propre crise bancaire. Ces critiques ne sont pas nouvelles mais l’ampleur désormais reconnue de la crise asiatique et la recherche désespérée d’une issue leur donnent une résonnance accrue. «Maintenant nous pouvons montrer du doigt le véritable coupable pour les crises financières en Asie du Sud-Est: le niveau faible et déclinant du yen», a affirmé Merton Miller, prix Nobel d’économie 1990 et considéré comme l’un des pères de la finance moderne. Cette chute du yen, passé de 80 yen pour un dollar en 1995 à plus de 130 yen pour un dollar récemment, est le résultat d’un «choix délibéré» de la part du ministère japonais des Finances, a expliqué l’économiste de l’Université de Chicago. Au lieu de contraindre les banques japonaises à provisionner massivement les mauvaises créances héritées de l’éclatement de la bulle financière en 1990 et d’ouvrir son système financier aux capitaux étrangers, le Japon «a adopté une autre stratégie qui, malheureusement, a déstabilisé le reste de l’Asie du Sud-Est», a estimé M. Miller. Une stratégie consistant à «pousser à la baisse les taux d’intérêt... à des niveaux inconnus depuis les années de la dépression aux Etats-Unis dans les années 30». Ces bas taux d’intérêt avaient pour objectif de garantir aux banques nippones des marges artificiellement élevées permettant de restaurer leur capital. «Mais le véritable problème est l’autre face d’une baisse du yen, c’est-à-dire une hausse du dollar», poursuit le professeur Miller. Il décrit un pays «paralysé par son système politique», où «tout le monde sait ce qu’il faut vraiment faire» mais est incapable de l’accomplir. Pour l’économiste de Chicago, les dirigeants japonais doivent s’inspirer de Ronald Reagan c’est-à-dire «retirer du dos des citoyens le fardeau du gouvernement» en commençant par «un allègement massif de la fiscalité». «J’espère que les Japonais vont se réveiller autrement, nous allons tous passer un été terrible», avertit M. Miller. Par ailleurs, le gouvernement japonais a soumis lundi à l’approbation du Parlement un ensemble de mesures de relance de son économie, qui sont destinées à venir en aide aux économies asiatiques en crise. «Je ne laisserai jamais le Japon déclencher une crise financière mondiale», a dit le premier ministre Ryutaro Hashimoto devant les parlementaires, pour justifier un changement de cap de sa politique économique. Depuis des mois, les partenaires occidentaux du Japon pressaient Tokyo de faire passer la relance de l’activité avant l’assainissement budgétaire. Ils plaidaient qu’une relance de son activité était le meilleur service que pouvait rendre le Japon aux économies malades des autres pays de la région. Les mesures adoptées lors d’une réunion extraordinaire du cabinet et aussitôt transmises à la Diète (Parlement) pour adoption prévoient en particulier de rembourser 2.000 milliards de yen (16 milliards de dollars) d’impôts aux contribuables nippons pour relancer une consommation jusqu’ici bien atone. Le texte dégage également 30.000 milliards de yen en obligations du Trésor et en garanties pour revigorer le système financier de l’archipel. Cette somme pourra être en partie utilisée pour recapitaliser des banques saines, mais temporairement fragilisées par la crise asiatique, sur fonds publics. Le gouvernement souhaite ainsi redonner confiance dans son système financier que certains voyaient, en novembre encore, au bord de l’implosion, après quelques faillites retentissantes. La multiplication des indices laissant penser que le gouvernement pourrait aller encore plus loin — en pérennisant par exemple ses abattements fiscaux — a requinqué les marchés financiers. Le dollar est retombé brièvement sur les niveaux des 127/128 yen pour un dollar. De son côté la Bourse a terminé la journée de lundi en hausse de 1,3%. (AFP)
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