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Actualités - Chronologie

Turquie : Erbakan paie le prix de sa querelle avec l'armée

Figure emblématique de l’islam politique en Turquie, Necmettin Erbakan, dont le Parti de la Prospérité (Refah) a été dissous vendredi, paie le prix de sa querelle avec la toute puissante armée, gardienne jalouse des institutions laïques du pays. Interdit de politique pour cinq ans, à 71 ans, il pourrait aussi être traîné en justice, à l’issue d’une décision de la Cour constitutionnelle, qui a fermé son parti pour «activités incompatibles avec la laïcité de l’Etat». M. Erbakan était au faîte de sa gloire il y a juste un an, au poste de premier ministre qu’il avait tant convoité durant près de trente ans de vie publique. Mais il avait dû démissionner en juin dernier, au bout d’un an de pouvoir marqué par une crise aiguë avec les militaires, qui lui reprochaient de favoriser la montée du fondamentalisme musulman dans le pays. Sous des dehors bonshommes, Necmettin Erbakan est un autocrate. Surnommé «hoca» (professeur, maître) par ses partisans, c’est un idéologue qui a défendu inlassablement la cause de l’islam aux quatre coins de la Turquie. C’est la troisième fois qu’un parti islamiste dirigé par lui est interdit. Ses mimiques de grand-père jovial et sa faconde en font un redoutable orateur. Ses discours sont volontiers anti-«establishment», anti-occidentaux, parfois antisémites. Parsemés de formules empruntées au Turc ancien, ils trahissent sa nostalgie de l’empire Ottoman, époque glorieuse de l’Histoire de son pays où politique et religion ne faisaient qu’un. Pour M. Erbakan, le fondateur de la république, Kemal Ataturk, qui a supprimé l’institution du sultan-calife et imposé la laïcité de l’Etat, était un athée. Selon lui, l’interdiction du port du foulard islamique dans l’administration, décidée par Ataturk, est une violation des droit de l’homme. Le pouvoir «par le sang» Il ne pouvait que se heurter à une armée et à des kémalistes à l’idéologie rigide, qui se méfient comme de la peste de l’islam en politique. En affirmant un jour que l’«ordre juste», que son parti préconisait, arriverait inéluctablement au pouvoir «soit pacifiquement, soit par le sang», il n’a guère aidé à dissiper le malaise. Cette phrase, parmi d’autres, était consignée dans l’acte d’accusation devant la Cour constitutionnelle. Né en 1926 à Sinop, sur la mer Noire, Necmettin Erbakan est ingénieur mécanicien et a travaillé en Allemagne dans une usine de chars. Il entre en politique en 1969, formant le Parti de l’Ordre national, dissous en 1971 après une intervention militaire. Il fonde alors un autre groupe pro-islamique, le Parti du Salut nationaliste, en 1973, et est vice-premier ministre à trois reprises dans des coalitions dans les années 70. Son parti est de nouveau fermé après le coup d’Etat de 1980 et il est interdit de politique jusqu’en 1987. Depuis lors, son dernier parti, le Refah, n’avait cessé de progresser, grâce à un discours mêlant l’appel au retour aux valeurs traditionnelles et un populisme empruntant bon nombre de thèmes sociaux à une gauche en plein recul. Porté par les votes des oubliés du boom économique des années 80 et aussi des Turcs écœurés de la corruption des partis traditionnels, le Refah avait remporté les législatives de décembre 1995 avec 21,38% des voix, devenant le premier parti à l’assemblée. Arrivé au pouvoir en juin 1996 à la tête d’une coalition avec un parti de droite classique, M. Erbakan avait tout d’abord oscillé entre militantisme et pragmatisme. Mais les efforts du Refah pour introduire des mesures islamistes dans la vie sociale et ses tentatives de rapprochement avec des Etats radicaux comme l’Iran et la Libye, avaient créé des tensions irréversibles avec l’armée. (AFP)Q
Figure emblématique de l’islam politique en Turquie, Necmettin Erbakan, dont le Parti de la Prospérité (Refah) a été dissous vendredi, paie le prix de sa querelle avec la toute puissante armée, gardienne jalouse des institutions laïques du pays. Interdit de politique pour cinq ans, à 71 ans, il pourrait aussi être traîné en justice, à l’issue d’une décision de la Cour constitutionnelle, qui a fermé son parti pour «activités incompatibles avec la laïcité de l’Etat». M. Erbakan était au faîte de sa gloire il y a juste un an, au poste de premier ministre qu’il avait tant convoité durant près de trente ans de vie publique. Mais il avait dû démissionner en juin dernier, au bout d’un an de pouvoir marqué par une crise aiguë avec les militaires, qui lui reprochaient de favoriser la montée du...