Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

L'Eglise allemande défie le pouvoir en donnant asile aux immigrés kurdes

A l’heure où l’Allemagne s’effraie d’un éventuel afflux de clandestins kurdes, une cinquantaine de réfugiés venus de Turquie mènent une grève de la faim pour tenter d’échapper à l’expulsion, un combat dans lequel ils bénéficient de l’asile accordé dans une église à Sarrebruck (ouest) envers et contre le gouvernement. L’église protestante Johanneskirche a ainsi emboîté le pas aux nombreuses paroisses évangéliques ou catholiques qui ont nargué ces dernières années la justice et la police allemandes en ouvrant leurs portes aux déboutés du droit d’asile. «Ce n’est pas légal, mais c’est légitime du point de vue de notre croyance», comme le résume l’une des paroissiennes de la Johanneskirche, où la grève de la faim a démarré vendredi. Cinquante-six églises ou cloîtres allemands — dont une dizaine de catholiques — abritent aujourd’hui quelque 220 demandeurs d’asile, dont la moitié sont des Kurdes de Turquie, selon Martin Rapp, qui dirige à Cologne le groupe de travail œcuménique sur l’asile d’église. Généralement, l’asile est offert à l’initiative de prêtres très impliqués dans l’action sociale de leur commune et qui jugent «mauvaise» la décision d’expulser des réfugiés qu’ils connaissent depuis des années, explique-t-il. Quasi-inexistant au cours des années 80, l’asile d’église a pris de l’ampleur après la révision de la loi sur les demandeurs d’asile, en 1993. «La législation est devenue si restrictive que voir sa demande acceptée relève aujourd’hui de l’exception», assure M. Rapp. Pour lui, l’attitude de l’Eglise est «une réaction symbolique aux manquements de l’Etat». Les chefs des Eglises catholique et protestante, Mgrs Karl Lehmann et Klaus Engelhardt, avaient déjà pris leurs distances avec l’Etat en défendant, dans un document commun présenté en juillet, leur droit historique d’offrir l’asile, même si cela va contre une décision du gouvernement. Les deux dignitaires religieux avaient alors affirmé que 70% des demandeurs d’asile réfugiés dans des églises avaient vu leur dossiers réexaminés. Intervention policière Mais, le ministère de l’Intérieur s’oppose résolument à cette pratique qu’il ne reconnaît pas et «qui ne peut en aucun cas être acceptée», selon l’un de ses porte-parole, Roger Kiel. En choisissant d’accueillir des clandestins, les Eglises «vont contre le droit démocratiquement établi», ajoute-t-il. Cette fronde ouverte a en effet un prix et «nous subissons de plus en plus de pressions, notamment de la part de l’Etat», affirme M. Rapp, selon qui les «les autorités renâclent à utiliser les marges de manœuvre» prévues par la loi pour régulariser les situations. Il dénonce ainsi la «vingtaine d’enquêtes ouvertes l’an dernier par les autorités contre des prêtres ou des paroissiens». Récent exemple: le cas du pasteur Christian Arndt, à Hambourg (nord), qui s’est vu accuser de complicité de séjour illégal pour avoir accueilli une famille kurde. M. Rapp met aussi en exergue les interventions policières: «Elles ont commencé en septembre 1996. En 1997, les policiers ont tenté à quatre reprises de déloger des réfugiés» accueillis dans des bâtiments religieux, explique-t-il. En septembre, une famille kurde a été délogée manu militari de la paroisse protestante où elle avait trouvé refuge pour être expédiée à Istanbul, s’insurge M. Rapp. Ces initiatives des Eglises ne vont pas sans crispations dans la population, comme l’a montré la tentative d’incendie perpétrée en juin contre une église de Luebeck (nord): le bâtiment avait été recouvert de croix gammées et de l’inscription «Harig, on t’aura», à l’adresse d’un pasteur dont la paroisse accueille depuis de longs mois une famille algérienne. (AFP)
A l’heure où l’Allemagne s’effraie d’un éventuel afflux de clandestins kurdes, une cinquantaine de réfugiés venus de Turquie mènent une grève de la faim pour tenter d’échapper à l’expulsion, un combat dans lequel ils bénéficient de l’asile accordé dans une église à Sarrebruck (ouest) envers et contre le gouvernement. L’église protestante Johanneskirche a ainsi emboîté le pas aux nombreuses paroisses évangéliques ou catholiques qui ont nargué ces dernières années la justice et la police allemandes en ouvrant leurs portes aux déboutés du droit d’asile. «Ce n’est pas légal, mais c’est légitime du point de vue de notre croyance», comme le résume l’une des paroissiennes de la Johanneskirche, où la grève de la faim a démarré vendredi. Cinquante-six églises ou cloîtres allemands — dont...