Les réfugiés kurdes ont continué ce week-end à prendre le chemin de l’exil, alimentant l’inquiétude des pays de l’Union européenne, notamment des voisins de l’Italie qui ont renforcé leurs contrôles frontaliers. Selon le directeur de la police des frontières bavaroises Gerhard Hoppe, quelque 10.000 Kurdes se préparent à prendre la mer à bord d’une vingtaine de bateaux ancrés sur les côtes turques et à mettre le cap sur l’Italie. Dans une interview au journal Welt am Sonntag, il a accusé le gouvernement d’Ankara de laisser faire les passeurs. La plupart des candidats à l’émigration voudront rejoindre illégalement l’Allemagne via la France, a affirmé M. Hoppe. De son côté, le responsable de la police des frontières de Bavière et du Bad-Wurtemberg a indiqué qu’un renfort de 200 hommes avait été déployé sur la frontière franco-allemande pour faire face à un éventuel afflux de réfugiés kurdes. Au péril de leur vie, des réfugiés irakiens d’origine kurde ont navigué jusqu’en Grèce, où leur bateau a fait naufrage dans les eaux du fleuve d’Evros, à la frontière gréco-turque: trois d’entre eux — deux femmes et un enfant — sont morts noyés et 125 autres ont été arrêtés. Par ailleurs, un navire turc parti d’Istanbul avec à bord quelque 300 réfugiés a «quitté la mer Egée pour se diriger probablement vers les côtes italiennes», selon une source militaire grecque autorisée. Dix-huit personnes originaires du sud-est anatolien, région à majorité kurde, ont été arrêtées par la police à Istanbul alors qu’elles s’apprêtaient à quitter la Turquie à bord d’un navire à destination de l’Italie, a indiqué samedi l’agence Anatolie. Les candidats à l’émigration ont déclaré vouloir se rendre en Allemagne, via l’Italie, afin d’y obtenir un statut de réfugié. Le ministre allemand des Affaires étrangères Klaus Kinkel a exhorté samedi Ankara à opter pour une «solution politique» de la question kurde, appelant à «prendre à la racine» le problème de l’afflux de réfugiés kurdes sur les côtes italiennes. Les forces de sécurité turques ont lancé ces derniers jours de vastes opérations pour prévenir l’émigration clandestine vers le continent européen, alors que le récent afflux de réfugiés kurdes vers l’Italie a provoqué un regain de tension entre Rome et Ankara. Jeudi, un navire transportant 386 clandestins, dont une majorité de Turcs et d’Irakiens d’origine kurde, est arrivé dans le sud de l’Italie, quelques jours après un autre navire, l’Ararat, parvenu en Calabre (sud de l’Italie), avec 831 personnes en majorité kurdes à son bord. La police italienne a annoncé samedi avoir appréhendé cinq membres de l’équipage de l’Ararat qui se cachaient parmi les réfugiés débarqués. L’Italie, qui a accueilli les réfugiés kurdes, a été accusée, notamment par l’Allemagne, de manquer de fermeté à l’égard des clandestins ainsi que dans ses contrôles frontaliers. L’Italie a rejoint en octobre l’Allemagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Espagne et le Portugal dans «l’espace Schengen», qui abolit les contrôles des personnes aux frontières entre Etats participants. La loi italienne stipule que les immigrants clandestins disposent de 15 jours pour quitter librement le pays, délai dont ils profitent souvent pour passer dans les pays voisins. Le ministre autrichien de l’Intérieur, Karl Schloegel, a souhaité samedi que l’Union européenne trouve des solutions communes concernant l’afflux de clandestins kurdes en Italie. L’Autriche, un mois après avoir rejoint à son tour l’«espace Schengen», a décidé le 31 décembre de renforcer jusqu’au 10 janvier au moins les contrôles à la frontière italo-autrichienne. La France a également envoyé des renforts à sa frontière avec l’Italie pour faire face à l’éventuelle arrivée de réfugiés kurdes, mais aucune augmentation du flux migratoire clandestin n’avait été constatée samedi. Les autorités portuaires grecques du nord de l’Egée ont aussi été placées en état d’alerte depuis le 3 décembre devant la perspective d’un nouvel afflux de réfugiés kurdes. Il y a entre 8 et 12 millions de Kurdes en Turquie (sur plus de 62 millions d’habitants), dont quelque 5 millions dans le sud-est anatolien et plus de 4 millions, considérés comme «intégrés», dans l’ouest. Ils seraient 4 millions environ dans le nord de l’Irak, un million en Syrie (où ils sont alliés à la minorité au pouvoir) et 3 millions en Iran. (AFP)
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