Terrassés par un embargo multiforme de plus de sept ans, les Irakiens se préparent à célébrer sans engouement les fêtes de fin d’année.
Contrairement aux années précédentes, où les Irakiens célébraient avec faste les fêtes de Noël et le Nouvel an, toute manifestation de joie est absente ces jours-ci dans la capitale irakienne, qui compte quelque cinq millions d’habitants.
«Sans aucun doute, 1998 sera identique à l’année qui s’achève, aux précédentes années, et sera aussi marquée par la tristesse et la frustration, sans espoir de changement», résume un Irakien, Jalal Nassiri, père de trois enfants.
«L’embargo qui nous est imposé est entré dans un cercle vicieux à cause de l’intervention de l’administration américaine», estime cet irakien.
«Au lieu de voir l’ONU décider de l’allégement de l’embargo, le Conseil de Sécurité adopte une position encore plus ferme à l’égard de l’Irak», relève-t-il.
Pour Oum Rami, une Irakienne de 45 ans, mère de trois enfants, «la joie ne pourra jamais être réalisée tant que l’embargo nous sera imposé».
«Les fêtes de fin d’année sont devenues le symbole des souffrances et non celui de la joie», commente-t-elle avec amertume.
Dans les principales artères de la capitale, les commerçants se plaignent du marasme des affaires en cette période de fêtes au cours de laquelle les Irakiens avaient dans le passé l’habitude d’acheter des cadeaux et de nouveaux habits.
«La plupart des clients entrent dans ma boutique pour voir et sortent sans jamais rien acheter», note Abou Youssef, un jeune Irakien qui a quitté son emploi de fonctionnaire pour faire du commerce.
Depuis l’entrée en vigueur de l’embargo en 1990, à la suite de l’invasion irakienne du Koweit, les prix ne font que grimper et la valeur du dinar irakien est pratiquement réduite à néant. Il valait 3,2 dollars avant 1990. Il en faut aujourd’hui 1500 pour obtenir 1 seul dollar.
Révoltée, Oum Faten affirme devant un magasin de vêtements que le «prix d’une robe confectionnée au Liban ou en Syrie atteint plus de 100.000 dinars (66,6 dollars), ce qui, assure-t-elle, équivaut à au moins trois ans de salaire de mon époux».
«C’est de la folie furieuse, comment peut-on penser acheter quoi que ce soit à l’occasion des fêtes?», se demande-t-elle.
Les produits en provenance de Syrie, du Liban et de Turquie sont en vente sur le marché irakien mais à des prix exorbitants, hors de portée de la majorité des Irakiens.
Le salaire moyen des fonctionnaires irakiens varie entre 4.000 et 7.000 dinars (2,6 et 4,6 dollars) alors qu’un kilo de viande se vend actuellement à plus de 3.200 dinars (2,1 dollars).
Un employé dans un hôtel de luxe à Bagdad a estimé que le «manque d’enthousiasme» pour les célébrations de Noël et le Jour de l’an était également dû au fait que ces fêtes coïncident, cette année, avec le début du mois du jeûne musulman — le Ramadan — prévu fin décembre.
La télévision officielle irakienne s’est abstenue de toute publicité — au contraire des années précédentes — pour les réveillons de Noël et du Jour de l’an.
L’Irak compte près de 1,5 million de chrétiens sur une population totale de 20 millions d’habitants. (AFP)


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