La dernière mesure en date a été le report pour un an annoncé mercredi de l’entrée en vigueur en avril 1998 de règles prudentielles pour les banques qui menaçaient de déclencher dans le pays une grave crise de liquidités.
Expliquant ce report, le ministre des Finances, Hiroshi Mitsuzuka, a reconnu que le «crédit crunch» s’était développé «au-delà de ce qui était attendu». «Nous devons éviter que des faillites se produisent du seul fait de la réduction des prêts par les institutions financières», a-t-il dit.
Obligées par ces règles comptables de respecter un ratio minimum de 4% entre leurs avoirs et leurs engagements, nombre de banques japonaises ne pouvaient plus prêter d’argent, poussant vers la faillite des entreprises en difficulté ou même saines mais en quête de trésorerie.
Depuis fin novembre, le gouvernement a été contraint d’adopter plusieurs initiatives qui lui font tourner le dos à sa politique d’austérite budgétaire et fiscale dont l’objectif était d’assainir les finances publiques, la dette de l’Etat ayant atteint des proportions alarmantes.
Après l’annonce le 18 novembre de «mesures d’urgence» basées sur une simple déréglementation de l’économie sans l’argent des contribuables, le gouvernement a finalement été obligé d’ouvrir les coffres du trésor public.
Début décembre, le premier ministre Ryutaro Hashimoto donnait son feu vert à l’émission d’obligations d’Etat pour lever 10.000 mds de yens (76 mds dollars) pour porter secours aux banques en difficulté et stabiliser le système financier.
Il y a une semaine, il annonçait des baisses d’impôts sur le revenu de 600 milliards de yens pour relancer la consommation et donner un coup de fouet à l’activité économique.
Ces mesures n’ont pas produit l’effet souhaité. La Bourse de Tokyo a dégringolé de 5,2% vendredi, puis de 3,4% lundi, chutant à un plancher record en près de 30 mois. Mardi était un jour férié au Japon. Mercredi la bourse a faiblement rebondi de 0,8%, l’indice Nikkei demeurant sous les 15.000 points.
«La situation paraît assez désespérée», estime Brian Rose, économiste de SBC Warburg. «On évite les douleurs à court terme en les échangeant contre les gains à long terme», le gouvernement choisissant de différer l’assainissement en profondeur contre des mesures immédiates pour faire redémarrer la machine.
Appliquer maintenant le plan d’assainissement du secteur financier pour préparer le «Big Bang» attendu d’ici 2001 risquerait de plonger le Japon dans «une sévère récession», dit Brian Rose. «Mais celle-ci se produira de toute façon un jour et reculer maintenant ne fait que reporter l’échéance».
Les banques japonaises croulent sous des créances douteuses chiffrées à 28.000 mds de yens, le chiffre réel étant évalué à plus du double.
La clé de la reprise économique sera la reprise des investissements des entreprises. L’Etat devra leur donner les moyens de le faire, soulignent ces économistes. D’ici là, la plupart prévoient d’autres faillites importantes. Or le montant des passifs en jeu dans les faillites d’entreprises japonaises atteint déjà ces derniers mois des montants records depuis 1945. (AFP)


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