Le chef de la diplomatie française, Hubert Védrine, va pouvoir mesurer l’ampleur du problème aujourd’hui à Sarajevo. Pour son premier déplacement en Bosnie depuis sa nomination, il viendra en compagnie de son homologue allemand, Klaus Kinkel, afin de montrer l’importance de l’engagement franco-allemand dans ce pays.
Deux ans après la conclusion de l’accord de paix de Dayton et le déploiement d’une force militaire internationale qui compte 30.000 hommes aujourd’hui, Américains et Européens réalisent qu’il leur faudra sans doute des années avant de pouvoir se désengager de ce pays.
Au cours de cette période, ils ont multiplié les déplacements et les réunions pour tenter d’amener les dirigeants des trois communautés à respecter les dispositions de l’accord. En vain.
Semer la haine
En consacrant le partage ethnique du pays sur les anciennes lignes de front, Dayton à laissé la voie libre aux nationalismes qui paralysent le retour des réfugiés et attisent les désirs de vengeances.
Une nouvelle réunion internationale, la conférence de mise en œuvre de l’accord de paix, est néanmoins prévue les 9 et 10 décembre à Bonn.
Une soixantaine de délégations représentées au niveau des ministres des Affaires étrangères sont attendues, les trois membres de la présidence collégiale bosniaque, le Musulman Alija Izetbegovic, le Croate Kresimir Zubac et le Bosno-Serbe Momcilo Krajisnik, ainsi que la présidente de l’entité des Serbes de Bosnie, Biljana Plavsic.
Le haut représentant civil en Bosnie, Carlos Westendorp, s’est rendu mercredi à Paris pour la préparer avec les représentants des onze pays ou institutions membres du bureau directeur de la Conférence (Etats-Unis, Russie, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Turquie, Japon, Canada, Présidence de l’UE et Commission européenne).
Les pays impliqués dans le processus de paix entendent durcir le ton et montrer aux Bosniaques que leur patience est à bout.
Hubert Védrine et Klaus Kinkel vont transmettre à Sarajevo un premier message de fermeté: «Celui qui veut la paix et la construit, nous l’aidons. Celui qui continue à semer la haine doit en supporter les conséquences».
Le thème sera développé à Bonn. «Il faut donner un nouveau tour de vis», prônent les Allemands. «Le problème est insoluble», estiment toutefois certains responsables français, comparant l’impasse bosniaque à celle du Proche-Orient.
«On va essayer de pallier le moins mal possible les difficultés actuelles», a commenté l’un d’eux, montrant peu d’illusions quant aux résultats de la réunion de Bonn.
La communauté internationale est néanmoins consciente qu’elle ne peut lâcher la Bosnie maintenant, sous peine d’une reprise des hostilités. «Un désengagement en 1998 serait une catastrophe morale, politique et économique», martèle le secrétaire général de l’OTAN, Javier Solana.
Les responsables de l’Alliance atlantique vont multiplier les réunions au cours des prochaines semaines pour décider de la marche à suivre au terme du mandat de la Force de Stabilisation (SFOR) en juin 1998. L’idée serait de maintenir une force de dissuasion de 20.000 hommes. (AFP)


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