«La catastrophe internationale», selon le président du Fonds mondial de la nature (WWF) — «le pire désastre écologique à toucher l’Asie depuis la guerre du Vietnam», selon un sociologue indonésien spécialisé dans l’environnement — est intervenue à point nommé pour attirer l’attention sur le rôle que joue la forêt dans le maintien de l’équilibre du climat global de la planète.
Sans parler de leur coût à long terme, notamment sur le plan sanitaire, la perturbation causée aux transports et la diminution de la manne touristique ont provoqué des pertes qui se chiffrent déjà en dizaines, voire en centaines de millions de dollars.
«Ces incendies donnent pour la première fois aux pays d’Asie la possibilité de s’apercevoir qu’il y a un prix direct à payer, maintenant et pas plus tard, pour leur non-respect avéré de l’environnement», a commenté un analyste avec une institution financière internationale.
Traditionnellement employés pour dégager à peu de frais la forêt afin de permettre la mise en culture, les incendies ont pris cette année des proportions gigantesques en raison du nombre des foyers allumés, à plus de 80 pour cent selon les autorités, pour préparer des dizaines de milliers d’hectares pour les plantations industrielles.
Favorisés par une sécheresse exceptionnelle, la pire connue par l’Indonésie en 50 ans, provoquée par «el Nino», les incendies allumés en juin ont brûlé, hors de tout contrôle, jusqu’au mois de novembre et une chappe de fumées toxiques s’est étendue du Sri Lanka aux Philippines touchant même Darwin, dans le nord de l’Australie.
Un effet
à deux niveaux
Ces incendies ont détruit en Indonésie, qui abrite la troisième forêt tropicale du monde, entre 1,2 et 1,7 millions d’hectares et causé de considérables dégâts, en cours d’inventaire, à la faune et la flore.
Dix-sept personnes au moins ont péri de complications pulmonaires directement liées à la fumée et des milliers d’autres ont dû être hospitalisées. La santé de 20 millions d’habitants a été exposée, ont estimé les autorités indonésiennes, et le nombre total de personnes affectées, en incluant les autres pays de la région, s’élève à 70 millions.
L’effet des incendies sur le climat global est ressenti à deux niveaux.
D’abord, immédiatement, des milliards de mètres cubes de gaz carbonique sont relâchés dans l’atmosphère par la combustion directe des forêts et des tourbières et la chappe de fumées entraîne un refroidissement local des températures.
Ensuite, un effet qui se fait sentir à plus long terme est celui provoqué par la réduction des forêts, qui absorbent et conservent le gaz carbonique de l’atmosphère en libérant de l’oxygène.
Les données statistiques manquent pour la région mais, selon l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA), la forêt aux Etats-Unis absorbe annuellement plus de 500 millions de tonnes de gaz carbonique et équivalent.
Les profits immédiats de l’exploitation de la forêt rendent difficile l’application des mesures de protection et de conservation pour le long terme.
Selon le Centre international pour la recherche forestière (CIFOR), basé en Indonésie, la contribution annuelle des produits forestiers à l’économie mondiale se monte à 400 milliards de dollars par an, dont un tiers pour les pays en développement. (AFP)


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