Lors d’une tournée en Asie Centrale, Russie et Ukraine, l’épouse du président américain, Hillary Clinton, a récemment dénoncé cette injustice.
«Il est spécialement important que les voix des femmes soient entendues car l’héritage communiste pèse tout particulièrement sur leurs épaules», avait lancé Mme Clinton.
En Union Soviétique, les femmes, malgré leur formation supérieure, étaient utilisées comme «des chevaux de labour».
«Nous faisions les métiers les plus difficiles, les plus ingrats et les plus dangereux. Les hommes, eux, récoltaient les lauriers», témoigne Mousa Priloutskaya, ingénieur de 48 ans au chômage, soulignant qu’après ses journées de travail harassant elle devait encore s’occuper seule de son foyer.
Les femmes constituaient ainsi près de 40% de la main-d’œuvre des métiers de la construction, un pourcentage très élevé par rapport aux pays occidentaux, explique Atena Pachko, présidente d’une organisation de défense des droits de la femme, l’Union des Ukrainiennes.
«J’étais l’une des meilleures étudiantes de mon université et pourtant je n’ai jamais pu grimper les échelons professionnels. Les hommes ont, eux, fait de brillantes carrières», se souvient Irina Grigorieva, ingénieur en métallurgie de 49 ans qui, aujourd’hui, fait des ménages pour survivre.
Depuis l’effondrement de l’URSS, la situation des femmes ne s’est guère améliorée et aujourd’hui le chômage a un visage féminin.
«Trop de femmes sont les premières à perdre leur travail et les dernières à en trouver un nouveau (…) et pas assez d’entre elles sont assises autour des tables où les décisions sont prises dans trop de pays», s’était insurgée Mme Clinton, soulignant «qu’une démocratie à laquelle les femmes ne participent pas est, en soi, une contradiction».
Travaux de secrétariat
Ainsi, 73% des femmes étaient sans emploi en 1994 précise Lilia Grigorovitch, 40 ans, présidente d’une commission parlementaire sur la maternité.
Confrontées à cette situation, les femmes acceptent d’être exploitées et de gagner, à tâche égale, près de deux fois moins que les hommes. Selon Mme Grigorovitch, une femme touchait en 1994 seulement 68% du salaire d’un homme pour un poste comparable.
«Dans la plupart des entreprises, les femmes sont confinées aux travaux de secrétariat. Elles mettent des chiffres dans des colonnes», confirme un homme d’affaires français à Kiev.
Les hommes, eux, se réservent les postes à responsabilité.
«Très peu de femmes occupent les échelons supérieurs de nos institutions publiques et un nombre risible de femmes sont dans les affaires», souligne Lioubomyr Houzar, le numéro deux de l’Eglise gréco-catholique en Ukraine. «Il faut que nous changions notre mentalité et notre attitude à leur égard», ajoute-t-il.
Le Parlement ukrainien ne compte que 19 femmes sur 423 députés.
«Pourtant, les femmes parlementaires ne sont pas endormies comme la plupart de leurs collègues masculins», lance Mme Grigorovitch. «Elles prennent des initiatives et ne sont pas corrompues», affirme-t-elle avec fierté.
De plus en plus d’organisations de défense des droits des femmes, comme l’Union des Ukrainiennes de Mme Pachko, apparaissent à travers l’Ukraine.
«Mme Hillary Clinton est une femme très intelligente et son dévouement à la cause des femmes est une inspiration pour nous toutes», affirme Mme Pachko. «Mais le féminisme à l’américaine n’est pas la voie que nous suivrons. Nous ne voulons pas renoncer à l’attitude galante des hommes au nom de l’égalité des sexes», conclut-elle. (AFP)


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