Juergen Schrempp, le président de Daimler-Benz, n’a cessé de répéter aux journalistes, en annonçant la suspension de la livraison de la «Baby-Benz», qu’il avait «confiance dans la fidélité» des clients. Une formule conjuratoire, après la circulation massive de la triste image d’une Baby-Benz décollant des deux roues latérales devant des plots d’obstacles.
Mercedes a donc acheté une pleine page de publicité parue dans 180 quotidiens pour «informer ses clients aussi vite que possible», a souligné un porte-parole de la firme. «Nous voulons clore la discussion sur la sécurité de la Classe . Définitivement», proclame la publicité.
Mercedes y explique les mesures prises et l’arrêt des livraisons pendant trois mois en implorant ses clients: «S’il vous plaît, donnez-nous ce laps de temps et soyez patients — même si vous pensez que peut-être nos mesures sont un peu exagérées». La firme à l’étoile a même envoyé un courrier personnalisé aux 200.000 clients potentiels de la Classe A et va leur fournir une cassette-vidéo.
Jusqu’ici, Mercedes a enregistré 2.000 annulations de commandes, même après l’annonce que la petite voiture sera dotée en série d’un système antidérapage de régulation du comportement dynamique (ESP), mais le carnet en compte encore quelque 100.000.
Un vrai désastre
Pourtant, le journaliste suédois Robert Collin, par qui le scandale est arrivé lorsqu’il s’est renversé au volant de la Classe A dans un test d’évitement d’obstacle à Stockholm il y a plus de trois semaines, n’est pas convaincu: «Mercedes fait aujourd’hui ce qu’il aurait dû faire il y a deux semaines, mais ce n’est qu’une solution provisoire, qui améliore certes la sécurité, mais fait perdre à la voiture de la souplesse dans la conduite, qui sera plus dure et plus rigide», a-t-il déclaré, joint par téléphone à Stockholm.
A son avis, «il faut refaire l’axe arrière, mais c’est un travail qui prendra peut-être deux ans et c’est une solution beaucoup plus chère» que celle choisie par le constructeur. «Ils ont pris au début un axe arrière très bon marché, qui peut aller avec des petites voitures, mais celle-ci est plus courte et plus haute», a souligné l’expert automobile. «J’ai essayé beaucoup de mauvaises voitures, mis celle-là n’était pas seulement mauvaise, c’était un vrai désastre», a-t-il ajouté. «Elle est bien pire que n’importe quelle autre voiture actuellement en vente. Ils ne pouvaient raisonnablement pas la laisser sur le marché. En un sens, ils devraient être heureux que tout cela se soit passé maintenant», a renchéri le journaliste.
Robert Collin a démenti que les tests effectués sur la Classe a correspondaient à des «conditions extrêmes». «Nous les faisons passer surtous les véhicules que nous testons chaque année, soit une soixantaine», a-t-il précisé.
«Si cet accident nous est arrivé, vous pouvez vous imaginer combien il s’en produirait si des centaines de milliers de Baby- Benz se retrouvaient sur les routes».
De son côté, un quotidien populaire «l’Express», a dénoncé «le plus grand flop dans l’histoire plus que centenaire de l’automobile. Il n’y a pas que la concurrence qui se réjouisse, toute l’Allemagne s’en tape les cuisses de rire. C’est le prix à payer pour l’arrogance d’une firme qui prétend fabriquer les meilleures voitures du monde»..
Elue «volant d’or»
Malgré tout, la Classe A n’en a pas moins décroché le «volant d’or», prix décerné au meilleur modèle de l’année par l’édition dominicale du grand quotidien populaire «Bild» (BamS).
Ce prix récompense depuis 22 ans les meilleures innovations dans la branche automobile, sur choix d’un jury international de 25 experts, sportifs et mordus de la voiture, après une série de tests, a précisé BamS dans un communiqué.
Le jury a mené les tests mi-octobre, peu avant l’accident désastreux de la «Baby-Benz» en Suède.
«Nous ne passerons pas sous silence que les incidents autour de la Classe A ont provoqué dans la rédaction des discussions, voire des doutes», a souligné le rédacteur en chef de «BamS» Michael Spreng, lors d’une conférence de presse à Berlin. «Mais nos tests ont démontré que la Classe A est un véhicule sûr et stable, en conduite normale», a-t-il ajouté.
Avec 1.436 points, la «Baby-Benz» devance seulement de cinq points la nouvelle Golf de volkswagen dans le vote des dix membres du jury.
«BamS» a procédé à un second test le 7 novembre, mené par le coureur de rallye automobile finlandais Rauno Aaltonen sur une Classe A équipée du système antidérapage de régulation du comportement dynamique ESP, qui doit être désormais installé en série sur le modèle, sur un aéroport près de Munich.
Le coureur automobile en a conclu que l’ESP donnait le sentiment d’une complète sécurité et que la Classe A avait «mérité le prix», selon «BamS».
Pressé de questions sur la raison pour laquelle le trophée revenait à une voiture aussi contestée et sur la possibilité d’un nouveau test après que sa version rénovée soit sortie des chaînes, M. Spreng a répondu: «Nous ne pouvons pas indéfiniment retester». (AFP, Reuters)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine