Les autorités flamandes ont lancé une offensive visant à supprimer les «facilités» linguistiques dont bénéficient les quelque 100.000 francophones qui vivent dans six communes de la périphérie bruxelloise situées en Flandre mais habitées, soit par une majorité, soit par une forte minorité de francophones.
Ces facilités, introduites en 1963 et inscrites dans la Constitution depuis 1988, permettent aux francophones d’utiliser leur langue dans leurs rapports avec l’administration, alors que Bruxelles est la seule région bilingue du pays.
«La politique du gouvernement flamand en périphérie s’apparente, n’ayons pas peur des mots, à une authentique démarche de purification ethnico-culturelle», s’indignait mercredi dans un éditorial La Libre Belgique.
«Plus sournoise, moins expéditive, moins violente que celle qu’ont pu connaître certaines régions ex-yougoslaves, mais porteuse des germes d’exclusion et d’intolérance, elle relève des mêmes fondements nationalistes et totalitaires».
Léon Maricq, bourgmestre (maire) de Kraainem, l’une des six communes concernées, refuse quant à lui de se plier aux ordres du gouvernement flamand parce que, a-t-il expliqué au quotidien Le Soir, «je refuse de m’intégrer dans une culture qui est de plus en plus de tendance nationale-socialiste».
Même les bourgmestres flamands de deux de ces communes se sont élevés contre ces mesures, qui font aussi contre elles l’unanimité du monde politique francophone.
«Le gouvernement flamand prépare une Flandre bâtie sur la délation, une intégration forcée ou la porte», s’indigne Dominique Harmel, vice-président du Parti social-chrétien (PSC).
Les facilités ont toujours fait l’objet de polémiques dans ce pays en proie aux querelles linguistiques.
La riposte se prépare
Pour les Flamands, il s’agissait d’une dérogation temporaire destinée à faciliter la vie des francophones en attendant qu’ils puissent apprendre le néerlandais et s’intégrer.
Les conseils communaux de ces six communes où siège souvent une majorité d’élus francophones sont régulièrement perturbés par une poignée d’extrémistes flamands qui exigent que l’on ne parle que le néerlandais sur leur sol.
Pour les francophones — essentiellement des Bruxellois qui ont quitté il y a longtemps la capitale pour s’oxygéner dans ces vertes communes et qui n’ont guère progressé dans leur connaissance du néerlandais — il s’agit d’un droit acquis.
Le gouvernement flamand a donc pris le taureau par les cornes et annoncé une mesure d’apparence bénigne qui risque d’avoir d’importantes conséquences.
Après avoir laissé entendre que les francophones devraient faire chaque année une demande expresse pour obtenir leurs documents administratifs en français, le ministre flamand de l’Intérieur, Leo Peeters, a précisé cette semaine qu’une telle demande devrait être introduite pour chaque document.
La mesure, qui a été saluée par la presse et le monde politique flamands unanimes, rendra l’usage des facilités impraticables avant leur suppression pure et simple.
Les francophones organisent la riposte contre une mesure qu’ils jugent totalement illégale: les facilités étant inscrites dans la Constitution, c’est aux communes à appliquer la loi, et non aux différentes régions, soulignent-ils.
L’opposition a demandé la convocation du «comité de concertation» entre les gouvernements fédéral et régionaux et plusieurs députés ont l’intention d’interpeller le premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, silencieux jusqu’ici.
Les plus radicaux, comme le Front des francophones (FDF) qui fait partie du gouvernement bruxellois, menacent quant à eux de remettre en cause le statut dont jouissent les Flamands à Bruxelles si les francophones de la périphérie sont affectés.
Alors qu’ils ne représentent que 15% de la population de la capitale, ils ont en effet obtenu une quasi-parité dans le gouvernement de la région de Bruxelles. (Reuter)


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