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Actualités - Chronologie

Vladlen, Stalina, Barricada : des prénoms révolutionnaires lourds à porter

Vladlen (comme Vladimir Lénine) ou Ninel (Lénin à l’envers), Marlen (Marx-Lénine) ou Elem (Lénine-Marx), mais aussi Stalina et Barricada: un florilège de prénoms est apparu dans le branle-bas de la révolution de 1917.
80 ans après, ces prénoms sont souvent portés comme une croix par les enfants de la révolution devenus septuagénaires.
C’est dans les années 1920 qu’a commencé l’épidémie des prénoms évoquant les chefs communistes ou les abréviations des slogans de la révolution.
Les nouveau-nés recevaient les prénoms de Vperkom (abréviation de «En avant vers le communisme»), Piados («Plan quinquennal avant terme»), et même Dazdraperma («Vive le 1er Mai») ou Donega («A bas l’analphabétisme») pour les filles.
Le jeune régime soviétique athée a interdit le baptême pour le remplacer par la cérémonie d’«octiabriny».
Dans les documentaires des années 1920 on peut voir ce «baptême rouge» qui se déroulait sous les drapeaux avec faucille et marteau en présence d’un commissaire bolchévique à la place du pope, raconte Neïa Zorkaïa, critique de cinéma.
«Ce carnaval révolutionnaire devait inévitablement donner vie à un répertoire de prénoms inhérents à l’époque», estime Mme Zorkaïa.
Certains, comme Avror, ont changé eux-mêmes de prénom. Baptisé André par ses parents, il a voulu porter le nom du navire dont on dit qu’il avait tiré les premières salves sur le Palais d’Hiver à Saint-Petersbourg, marquant le 25 octobre 1917 le début de la révolution.
«C’était en 1925, mon père avait 15 ans, et il voulait suivre la mode», explique son fils Stanislav, professeur d’économie de 60 ans.
Le prénom de Zaria (Aube) Finkelchtein a été prédéterminé par le jour de sa naissance: le 9 novembre 1924, deux jours après l’anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre (le 7 novembre d’après le calendrier grégorien).
Son père, directeur adjoint du journal La Pravda, porte-parole officiel du Parti communiste, «a d’abord voulu m’appeler Veora (abréviation de Grande Révolution d’Octobre), mais finalement il a préféré Zaria, comme Aube de la Révolution», expression presque figée dans la mythologie soviétique, raconte la vieille dame qui «n’a jamais aimé son prénom trop insolite» et se présentait partout comme Zoïa.

Un avenir
«radieux»

«J’ai eu toutefois plus de chance que mon copain Dognatiï», dont le prénom évoque le slogan des premiers plans quinquennaux «Dognat et peregnat» («Rejoindre et dépasser» les Etats-Unis), se souvient Zaria.
«Nos parents voulaient anticiper l’arrivée d’un avenir radieux. Il n’a jamais eu lieu, ce n’est pas leur faute», estime cette bibliographe érudite. Le père de Zaria a été fusillé en 1939, pendant les purges staliniennes.
Le père de Marlen Koralov a lui aussi disparu dans les goulags en 1937. Son fils dont le prénom renvoie aux dieux les plus vénérés de l’aréopage soviétique — Karl Marx et Vladimir Lénine — a été arrêté dix ans plus tard et condamné à 25 ans de goulag pour «activités terroristes», une accusation très répandue de la seconde vague de purges.
«C’est au goulag que mon prénom a commencé à peser. J’ai alors préféré l’oublier et me faire appeler Mikhaïl», raconte Marlen, critique de théâtre de 72 ans.
A son retour à Moscou dans son ancien entourage, il a mis des mois pour se réhabituer à son vrai prénom.
«Après la fin du communisme certains me conseillaient de changer de prénom. Mais je porterai ma croix jusqu’à la fin», dit Marlen.
Contrairement à lui, certaines Mirtrouda (Paix-Travail), Donara (Fille du peuple), Oktiabrina, mais aussi les Dimat (Matérialisme dialectique), Lentroch (Lénine - Trotski - Chaoumian, chef des communistes arméniens), Okvel (Grand Octobre), ont préféré adopter des prénoms courants, même si leur prénom de naissance reste sur leur passeport. (AFP)
Vladlen (comme Vladimir Lénine) ou Ninel (Lénin à l’envers), Marlen (Marx-Lénine) ou Elem (Lénine-Marx), mais aussi Stalina et Barricada: un florilège de prénoms est apparu dans le branle-bas de la révolution de 1917.80 ans après, ces prénoms sont souvent portés comme une croix par les enfants de la révolution devenus septuagénaires.C’est dans les années 1920 qu’a commencé l’épidémie des prénoms évoquant les chefs communistes ou les abréviations des slogans de la révolution.Les nouveau-nés recevaient les prénoms de Vperkom (abréviation de «En avant vers le communisme»), Piados («Plan quinquennal avant terme»), et même Dazdraperma («Vive le 1er Mai») ou Donega («A bas l’analphabétisme») pour les filles.Le jeune régime soviétique athée a interdit le baptême pour le remplacer par la...