Réunis lundi et mardi à Amman pour la 53e assemblée générale de l’IATA (Association internationale du transport aérien), les représentants des quelque 260 compagnies membres n’ont pas directement évoqué le problème, mais certains ne cachaient pas qu’ils suivaient l’évolution de la crise avec attention.
«Il est encore trop tôt pour prédire si cela va entraîner un ralentissement de l’activité économique et du trafic aérien dans la région, mais nous suivons très attentivement la situation», a indiqué à quelques journalistes David Coltman, vice-président pour le marketing de la compagnie américaine United Airlines, l’un des deux plus gros transporteurs aériens mondiaux.
La région Asie-Pacifique, qui connaît la plus forte croissance du trafic aérien mondial avec une progression de plus de 7% par an, tire ce secteur en avant et un ralentissement économique aurait «certainement des effets sur le transport aérien», a reconnu le directeur général de l’IATA Pierre Jeanniot lors d’une conférence de presse.
M. Jeanniot a toutefois estimé qu’il existait dans cette région une «pression énorme pour la croissance». «Au pire, il y aura un ralentissement de la croissance du trafic, mais cette région va continuer à se développer et devrait, à terme, représenter la moitié du trafic mondial», a-t-il estimé.
Air France, qui a prévu d’accroître de 40% ses capacités sur la région dans les trois prochaines années, se montre également prudent. «La durée et les conséquences de la crise sont encore difficiles à prévoir, il faut attendre quelques mois», estime le président de la compagnie français Jean-Cyril Spinetta.
Plus directement concernées, les compagnies asiatiques évitent tout commentaire officiel sur ce qu’elles qualifient de «sujet sensible».
Mais en privé, plusieurs responsables admettent que la crise financière aura un impact sur une activité qui a déjà souffert, depuis l’été, de deux autres événements: les gigantesques feux de forêt de septembre et d’octobre en Indonésie qui ont perturbé le trafic et fait chuter le tourisme en Asie du sud-est, et la rétrocession de Hong-Kong à la Chine qui a provoqué depuis le 1er juillet, selon plusieurs compagnies asiatiques, entre 20% et 60% de baisse de la fréquentation sur les vols à destination de l’ancienne colonie britannique.
«Dès l’exercice 97, la baisse de 35% de notre monnaie va affecter le coût du kérosène acheté en dollars», constate un responsable de Malaysian Airlines. «Il y aura aussi probablement un ralentissement du trafic d’affaires si la crise se poursuit, mais nous pouvons en revanche espérer attirer davantage de touristes du fait de la dévaluation de notre monnaie», ajoute-t-il.
Un responsable de Japan Airlines s’attend lui aussi à un ralentissement de la croissance du trafic aérien en Asie si la crise perdure. «Comme pour toutes les compagnies de la région, qui ont déjà subi les conséquences des feux de forêt et de la rétrocession de Hong-Kong, la crise aura un impact sur notre activité dès l’exercice 97», prévoit-il.
Personne ne pense pour autant que le transport aérien soit à la veille d’une crise comparable à celle qui avait suivi la guerre du Golfe en 1990/91.
«La situation des compagnies est beaucoup plus saine qu’à la fin des années 80: elles sont en sous-capacité, il n’y a pas eu d’emballement dans les commandes, et transporteurs et constructeurs pourront absorber l’impact éventuel de la crise», estime Gérard Laviec, pdg du motoriste franco-américain CFM International. (AFP)


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