De fait, les opérateurs, plus ou moins rassurés par la situation monétaire, après que la Banque du Liban (B.D.L.) se fut déclarée déterminée d’aller jusqu’au bout dans sa politique de stabilité des taux de change, se sont montrés moins enclins à se débarrasser de leurs placements en livres libanaises sans pour autant chercher à les accroître. Il en a résulté, en effet, une sensible contraction de la demande du dollar, laquelle se serait limitée aux besoins ordinaires des agents commerciaux en cette monnaie, et un léger développement de l’offre mais à des cours proches du point supérieur d’intervention de la B.D.L. Certes, le courant d’affaires usuelles n’était-il pas considérable, reflétant donc une certaine réticence du marché en cette période très heurtée sous plus d’un rapport et marquée par des incertitudes, sinon par des inquiétudes.
Cela étant, le dollar est resté, encore une fois, confiné dans des marges très étroites au sein de la fourchette élargie de fluctuations telle que conçue par la B.D.L. Il a ainsi achevé la semaine, vendredi dernier, entre 1526, -L.L. à l’achat et 1536, -L.L. à la vente et au taux moyen indicatif de 1531, -L.L. contre 1526,50/1536,50 L.L. et un taux moyen indicatif de 1531,50 L.L. à la fin de la semaine se terminant au vendredi 24 octobre, marquant un léger repli de 0,03% en moyenne, correspondant au taux d’appréciation de la livre libanaise pendant la même période.
Toutefois, dans cette évolution, le dollar continuait à être pratiquement négocié dans les échanges interbancaires au haut de la fourchette d’intervention de la B.D.L., soit entre 1536,50 L.L. et 1537,- L.L. de lundi à jeudi et puis entre 1536,- et 1536,50 L.L. à la fin de la semaine, après que la B.D.L. eut abaissé son taux d’intervention à la vente de 1536,50 L.L. à 1536, -L.L.
Accès de faiblesse du
dollar à l’étranger
A l’étranger, le climat est redevenu encore plus nerveux sur les marchés des changes internationaux. L’affaiblissement du dollar, qui s’était produit suite à des ventes d’investisseurs institutionnels craignant les turbulences monétaires et boursières des marchés du Sud-Est asiatique à partir de Hong Kong, s’est sensiblement accentué la semaine dernière, après la rechute de toutes les places financières internationales des deux côtés du Pacifique et de l’Atlantique. La détermination des autorités de Hong Kong à maintenir le rapport de change entre leur monnaie et le «billet vert, coûte que coûte, a eu pour conséquence de gonfler la masse de dollars U.S. circulant dans les circuits internationaux, dont une partie se serait rabattue sur le franc suisse et le deutsche mark en tant que «monnaies-refuge». Les péripéties du dollar mais aussi de l’or, affecté par les nouvelles faisant état d’un projet de vente de ce métal par la Suisse afin de financer un fonds spécial d’aides aux sinistrés et aux victimes du nazisme, ont donc soutenu cette tendance qui a rendu les devises européennes les principaux bénéficiaires de la crise des marchés asiatiques. Ainsi, ni les assurances du président Clinton sur les fondamentaux de l’économie américaine, ni celles d’Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale (FED), devant le Congrès, estimant que la récente agitation des marchés ne constituait pas une menace à l’expansion économique des Etats-Unis, ne devaient avoir le moindre impact positif sur le dollar.
Toutefois, ce genre de pression sur le dollar ne tardait pas à être regardé comme un développement salutaire pour l’économie américaine, comme l’avait fait remarquer implicitement M. Greenspan, dans la mesure que toute dépréciation du «billet vert» devrait rendre les produits américains plus compétitifs sur les marchés de consommation, ce qui est de nature à soutenir la croissance de l’économie et trouver une solution plus appropriée à l’aggravation des déficits commerciaux des Etats-Unis. Ce sentiment a été renforcé par le fait que Greenspan ne cachait pas sa satisfaction des événements monétaires d’aujourd’hui qui, selon lui, «devraient aider à prolonger la période de croissance aux Etats-Unis, longue maintenant de six ans et demi», évaluant cette situation de la même manière que celle qui avait succédé au krach de 1987.
Cela étant, les attaques à la baisse du dollar devaient s’accentuer, les opérateurs passant outre, la semaine dernière, aux statistiques américaines, d’ailleurs très contrastées, à une dizaine de jours de la réunion du comité de l’open market de la FED qui est censée déterminer l’orientation future des taux d’intérêt aux Etats-Unis d’ici à la fin de l’année. La conviction largement répandue que la politique monétaire américaine ne devrait subir aucun changement semble expliquer ce manque d’intérêt pour les nouvelles données conjoncturelles. Ainsi l’annonce d’une première estimation de hausse du produit intérieur brut (P.I.B.) américain de 3,5% au troisième trimestre contre 3,3% au second, est passée presque inaperçue, après qu’il se fut avéré que le déflateur de l’inflation calculé sur base du P.I.B. n’aurait augmenté que de 1,4% contre 1,8% pendant la même période, excluant toute tendance de l’économie à la surchauffe. Il en est de même de l’annonce par les directeurs d’achats de Chicago que leur indice d’activité aurait régressé de 61,2 points en septembre à 56,00 points le mois dernier contrairement aux prix des achats qui se seraient accrus de 59,00 à 65,2 points, surtout qu’on apprenait des directeurs d’achats nationaux (National Association of Purchasing Managers) que leur indice d’activité avait à l’inverse progressé de 60,3 à 70,00 points en même temps que les prix des achats de 48,00 à 58,00 points pendant la même période. De fait, les opérateurs n’ont prêté que très peu d’attention à ces statistiques ainsi qu’à d’autres indicateurs dont l’augmentation de 16.000 du nombre des demandeurs d’allocations-chômage aux Etats-Unis à l’avant-dernière semaine d’octobre, la baisse de 0,6% des commandes de biens durables en septembre contre une hausse de 2,8% en août, la légère hausse de 0,2% des reventes de logements contre un baisse de 1,8% pendant la même période, ainsi que la hausse très modérée du coût de l’emploi au troisième trimestre et le recul de l’indice de confiance des consommateurs de 130,2 points en septembre à 123,3 points le mois dernier, reflétant tantôt une surchauffe de l’économie et tantôt un ralentissement de l’activité.
Certes, tous les regards sont restés braqués sur les événements monétaires et financiers secouant les places asiatiques et frappant de plein fouet les marchés d’Amérique, surtout le Brésil, et d’Europe continentale. En effet, le dollar continuait à être déserté par les investisseurs institutionnels au profit des monnaies européennes et même le yen, achevant la semaine, vendredi dernier, à New York, en comparaison avec la fin de la semaine se terminant au vendredi 24 octobre, en forte baisse comme suit:
— 1,6750 pour un sterling contre 1,6335 (—2,48%).
— 1,7260 D.M. contre 1,7730 (—2,65%)
— 1,3990 F.S. contre 1,4705 (—4,86%).
— 5,7740 F.F. contre 5,9505 (— 2,97%)
— 1692,50 lires contre 1735,00 (— 2,45%).
— 120,40 yen contre 121,90 (—1,23%).
Or: Reprise
technique
Après sa rude chute pendant l’avant-dernière semaine d’octobre sur des nouvelles faisant état d’importantes ventes suisses d’or, le métal fin s’est ressaisi la semaine dernière sur quelques achats à bon compte à des fins industrielles. C’est ainsi que la parité de l’once s’est élevée, à New York, vendredi dernier, à 311,30 dollars contre 307,30 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 24 octobre, en hausse de 1,30% en moyenne.
Quant à l’argent-métal, il n’a pu mettre à profit, que très passagèrement, cette amélioration de la tendance sur le marché de l’or, en l’absence de vrais intérêts à l’achat. Il est revenu à la fin de la semaine dernière, à New York, à 4,7170 dollars l’once, après 4,8470, contre 4,7590 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 24 octobre, marquant une baisse de 0,88% en moyenne.
Désignation
des monnaies
Dollar en L.L.
Sterling en $
Dollar en D.M.
Dollar en F.S.
Dollar en F.F.
Dollar en lires
Dollar en yen
Or
L’once en $
ARGENT
L’once en $
24.10.97
1531,50
1,6335
1,7730
1,4705
5,9505
1735,00
121,90
307,30
4,7590
27.10.97
1531,50
1,6595
1,7495
1,4500
5,8825
1717,00
121,85
311,30
`
4,7660
28.10.97
1531,25
1,6710
1,7370
1,4225
5,8260
1702,00
120,50
315,70
4,7850
29.10.97
1531,25
1,6720
1,7190
1,4095
5,7880
1695,00
120,80
313,60
4,7730
30.10.97
1531,00
1,6685
1,7190
1,3990
5,7580
1686,00
120,30
316,40
4,8470
31.10.97
1531,00
1,6750
1,7260
1,3990
5,7740
1692,50
120,40
311,30
4,7170
Variations
en %
— 0,03
— 2,48
— 2,65
— 4,86
— 2,97
— 2,45
— 1,23
+ 1,30
— 0,88
Elie KAHWAGI


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