L’idée est née après l’éviction l’été dernier des Izvestia du rédacteur en chef du journal, Igor Golembiovski, par le conseil d’administration, contrôlé depuis la récente privatisation du quotidien par le géant pétrolier LOUKoïl et la banque Oneximbank.
Brillante personnalité de la presse soviétique puis russe, rédacteur en chef depuis 1991 du quotidien russe le plus prestigieux, M. Golembiovski, 62 ans, accusait les principaux actionnaires de pressions rédactionnelles. Un conflit particulièrement virulent avait éclaté lors de la publication par les Izvestia au printemps dernier d’un article du quotidien français Le Monde évaluant la fortune personnelle du premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine.
Le nouveau journal a vu le jour en un temps record: moins de trois mois. «Je me souviens de la première conférence de rédaction en août, dans un parc de Moscou», raconte Igor Golembiovski. Aujourd’hui, dans le nouvel immeuble du journal, une rénovation de grand luxe est pratiquement terminée. La salle de rédaction est équipée d’ordinateurs flambant neufs, et l’ensemble évoque pour l’instant plutôt une banque qu’un journal.
Le quotidien emploie une cinquantaine de journalistes, parmi lesquels des éditorialistes célèbres comme Otto Latzis des Izvestia ou des enquêteurs vedettes aux sources confidentielles «très bien informées», mais «manque encore de bons reporters de base», reconnaît le rédacteur en chef.
L’objectif est d’établir en outre un réseau de correspondants en Russie (18-20 journalistes pour les principales villes) et à l’étranger, où les «Nouvelles Izvestia» ont déjà récupéré certains piliers des Izvestia, comme leur correspondant à Pékin. Les salaires proposés étant particulièrement alléchants (de 1.500 à 4.000 dollars mensuels en fonction de l’ancienneté professionnelle, selon les rumeurs), les «Nouvelles Izvestia» sont par avance sûres de pouvoir débaucher les meilleurs.
Éviter la vulgarité
Le journal tient à éviter la vulgarité «qui est la tendance croissante dans la presse écrite russe» et à acquérir l’étiquette de qualité qui est la marque des Izvestia, mai aussi «à attirer un lecteur de préparation intellectuelle moyenne», précise Igor Golembiovski. Ce pari lui semble possible à gagner, d’une part grâce à la couleur, très séduisante, mais aussi grâce à l’impression simultanée, au départ dans six villes de Russie, mais très vite dans un plus grand nombre. Le prix de vente du journal est également modique, «1000 roubles environ» (17 cents), moins ou autant que la plupart des quotidiens.
La couleur? «C’est une tendance mondiale, alors autant le faire tout de suite plutôt que d’y venir dans deux ans», répond le rédacteur en chef.
Propriétaire de son immeuble, offrant des salaires attrayants et envisageant d’acheter un terrain avoisinant, les «Nouvelles Izvestia» ont des soutiens financiers puissants. Édité officiellement par le «Fonds de soutien à la liberté de parole», une association à but non lucratif fondée l’été dernier, le quotidien a visiblement d’autres appuis.
Des rumeurs publiées dans la presse évoquent avec insistance le nom de Boris Berezovski, magnat de la presse et secrétaire adjoint du Conseil de sécurité russe. «Pas un sou de lui pour l’instant, même si je ne cache pas que des pourparlers ont eu lieu et se poursuivent», dit Igor Golembiovski, qui évoque seulement «la publicité payée d’avance par deux compagnies, dont une pétrolière», et deux banques de taille moyenne peu liées au pouvoir.
Le tirage initial sera de quelque 150.000 exemplaires, mais la direction vise rapidement les 600.000, «toujours très loin des millions de l’époque soviétique». (AFP)


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