Une «Modification de la loi relative aux constructions» a été votée en 1971. Son application a eu pour effet de transformer le pays en chantier, et de convertir les propriétaires des parcelles de terrain en spéculateurs fonciers.
Le phénomène s’explique. Cette nouvelle loi définit les servitudes des régions dites «non réglementées», dans lesquelles, curieusement, la construction est autorisée. En effet, il y est prescrit que pour toute nouvelle bâtisse, on ne doit pas dépasser quarante pour cent de la surface du terrain en occupation du sol, quatre-vingts pour cent de cette même surface en planchers exploitables et trois étages en hauteur. Bref! En pleine nature, vous êtes encouragés à construire... un immeuble.
Avec ces limites extrêmement dommageables pour l’environnement, ces régions, recouvrant la quasi-totalité du pays, apparaissent aujourd’hui comme une jungle formée, non pas d’arbres hélas!, mais de cubes de béton.
Le propriétaire du lopin de terre ne disposant pas toujours de l’argent nécessaire pour construire un immeuble, ces structures grisâtres restent la plupart du temps inachevées. Elles sont disséminées dans les plaines, les montagnes et les vallées les plus isolées.
Précisons que les «régions non réglementées» sont maintenues dans leur statut sous le fallacieux prétexte qu’elles ne disposent pas de plans cadastraux alors qu’il n’est nullement indispensable d’en avoir pour décider des simples mesures de protection des zones inhabitées. C’est dans l’obsessionnel souci de satisfaire les particuliers au lieu d’assurer à tous les jouissance de la nature qu’il faut chercher plutôt les raisons de cette anomalie.
Depuis la promulgation de la loi, aucun responsable, aucun député n’a dénoncé ses ravages. Pire, des ministres se sont fait un point d’honneur de décréter, chacun à son tour, la possibilité de construire un étage de plus au ras du sol, un étage en «pilotis» et, très populaire celui-ci, un étage en surélévation.
Du coup, les immeubles-cubes sont devenus des immeubles-chandelles. Ils sont visibles de partout. Plus hauts que les pins et les falaises, ils défigurent tous les sites, les forêts, comme les formations rocheuses millénaires. C’est un déni systématique de l’intégrité du paysage.
La lenteur de l’action pour obtenir l’amélioration des lois touchant l’urbanisme et l’environnement est une garantie de déclin. Malheureusement, le fait de savoir que les préoccupations en haut lieu se bornent à la bonification des propriétés décourage les réformateurs les plus résolus.
G. SEROF


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