Irène MOSALLI
Pour un anniversaire-date, (le 90e), celui du prestigieux magasin «Neiman Marcus», un catalogue-vente interprété, selon les traditions de ce prestigieux grand magasin, comme un véritable livre d’art... En couverture, une peinture représentant le profil d’un buste de femme moulé dans une aile de papillon. Cette couverture, destinée à être dépliée, donne à voir dans son prolongement, un spectaculaire déploiement de l’autre aile du papillon, se fondant avec la silhouette féminine.
Sur la page de garde de ce catalogue on peut lire: «Cette illustration, intitulée «La Femme en tant que Papillon», est l’œuvre de Kareem Ilya. Explorant à la fois la grâce humaine et celle du lépidoptère, l’artiste qui a réalisé notre couverture les a fusionnées dans sa composition à l’aquarelle et à l’encre de Chine. Né à Beyrouth, Ilya était venu s’installer au Texas, en 1976. Il a d’abord étudié tous les aspects de la création vestimentaire à l’Université du Texas, à Austin, puis au «New York’s Fashion Institut of Technology». Aujourd’hui, il travaille à Manhattan dans le design pour hommes».
Pour en savoir plus, nous avons pris contact avec Kareem Ilya (c’est ainsi qu’il écrit son nom). Une voix calme et posée et également un ton simple pour parler de lui-même. A la question de savoir quel a été son itinéraire (début 1993) il répond sans emphase et sans apprêt. Et pourtant, son parcours est éblouissant.
Ce Libanais d’origine (aujourd’hui la trentaine) est arrivé à franchir, haut la main, la porte étroite de l’univers de la mode new-yorkaise. Et ceci en menant de front deux carrières, celle de créateur de vêtements masculins et celle d’illustrateur de mode. Son premier talent, il l’exerce pour de célèbres griffes américaines, dont «Banana Republic». Idem pour le second qui s’affiche dans les plus grandes des revues: «Harper’s Bazaar», «Glamour», «Vogue Korea», «Visionnaire», «Mademoiselle», «The New Yorker».
Le Japon et l’Italie
Sa renommée dans ce domaine a atteint le Japon et l’Italie où il a collaboré avec Roméo Gigli. Et on a pu aussi voir ses œuvres dans la très populaire émission de mode de la CNN, «Style with Elsa Klensch». Parce qu’il a toujours aimé peindre, Ilya ne pouvait qu’agir en esthète lorsqu’il couchait sur papier les contours des vêtements qu’il créait. Avec lui, ces croquis prennent valeur d’œuvres d’art. Ce qui a amené les revues spécialisées à avoir recours à son coup de crayon et à son coup de pinceau pour visualiser, à chaque saison, les temps forts de la haute-couture et du prêt-à-porter.
Kareem Ilya précise que «l’illustration de mode est le prolongement naturel du design. Et, c’est aussi pour moi un véritable processus créatif. Quant à mon inspiration première, elle me vient, tout simplement, de la nature dans sa totalité: des différents aspects du ciel jusqu’à la multitude des coquillages de la mer».
Ce croqueur de la mode new-yorkaise connaît bien son monde. Venant s’installer aux Etats-Unis avec ses parents, alors qu’il avait neuf ans, il n’a pas tardé par la suite à s’immerger dans le bouillon culturel de New York. La capitale des imaginations les plus fécondes et les plus facondes.
Ses parents (originaires du village de Aïn Ksour) ont, d’une autre manière, trouvé leur mesure dans le «melting pot». Son père, Fawzi Ilya (études de médecine à l’A.U.B. où, par la suite, il a pratiqué et enseigné l’obstétrique), continue, à présent, dans cette même voie à la «Southwestern Medical School» de Dallas. Son frère, Ilyas Ilya, a suivi les traces médicales de son père, en se spécialisant dans l’urologie, à San Francisco.
Dans cette famille libanaise, l’art et la science se conjuguent fort bien et ne connaissent aucune frontière.


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