Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportage

Les Two Fat Ladies : une cuisine télé rabelaisienne (photo)

WASHINGTON — Irène Mosalli

Elles n’ont peur ni de Virginia Woolf ni des calories, ni des graisses saturées. Ce ne sont pas elles qui hanteraient les salles de gym pour se sculpter un corps à la Cindy Crawford.
N’empêche qu’elles sont en train de devenir aussi célèbres que les top-models, avec d’autres atouts. Ce sont les «Two Fat Ladies» (Deux Grosses Dames). Et c’est comme telles que ces deux sujets de Sa Gracieuse Majesté sont d’abord devenues les vedettes du petit écran britannique, avec une émission rabelaisienne, et aujourd’hui, leur réputation a traversé l’Atlantique et elles font un tabac à la télévision U.S.
Elles se nomment Jennifer Paterson et Clarissa Dickson Wright, toutes deux la cinquantaine et une corpulence attestant qu’elles apprécient fortement la bombance qu’elles prêchent. Tout en officiant derrière leurs fourneaux, elles engrangent les succès de librairie. Elles ont publié plusieurs livres de cuisine. Chacune de son côté a une plume active. Jennifer Paterson, qui a parcouru le monde avant de revenir s’établir en Grande-Bretagne, tient des rubriques dans deux revues anglaises, «British Spectator» et «Oldie». Clarissa collabore au «House and Garden» et à «Decanter» et elle possède à Edimbourg, en Ecosse, une librairie spécialisée dans les ouvrages culinaires. A son actif également un élevage de faisans. Et pour cause: enfant, elle a été habituée à la saveur du gibier et du caviar, offert à son père, chirurgien de renom, par des clients aussi illustres que la Reine Mère.
Les «Two Fat Ladies» sont fières d’être bien en chair, de se délecter de bonne chère et de repas pantagruéliques.
Ces dames ne croient ni dans les produits allégés, ni dans l’alimentation préventive (pour éviter les forts taux de cholestérol et autres spectres des temps modernes). Pour elles, manger sain, c’est d’abord flatter son palais, c’est-à-dire n’employer en aucun cas des substituts ou ingrédients frelatés, à la mode des diététiciens. Elles ont opté pour les mets nature robustes, riches en crème et sauce.
Leur allure est sciemment débonnaire et «bonne femme», mais c’est avec un art consommé de la présentation qu’elles animent leur émission télévisée.

Le marché en moto

D’abord, on les voit arriver à bord de leur moto (une énorme Thunderbird avec side-car) pour faire leur marché dans la «country» anglaise et pas n’importe laquelle. Elles choisissent de très beaux sites, qu’elles font, par la même occasion, connaître aux téléspectateurs.
Avec elles la préparation des mets est une fête joyeuse dont la réussite réside dans la fraîcheur des composantes: œufs, viande, beurre, légumes.
On ne peut que se pourlécher les babines en les voyant faire et jeter par-dessus bord les avertissements de la Faculté: par exemple en les regardant préparer un pâté de campagne (à base d’un trio de viande de porc, filet, chair à saucisse et jambon, couché sur un lit d’herbes). Ou encore un gâteau, riche en beurre, œufs et noix.
Quant à leur grain de sel, il relève fortement leur enseignement. Avec elles le froid humour britannique fond dans le piquant. Clarisse vous dira de «beurrer généreusement le moule à cake. Quelque chose comme «Le Dernier Tango à Paris», vous vous souvenez?». Jennifer s’écriera: «Bon Dieu, utilisez vos mains pour les mélanges, c’est mille fois mieux que la batteuse!». Autre commentaire: «Pour le glaçage de ce gâteau, il vous faut du beurre, du sucre et un jaune d’œuf cru. De la salmonelle quoi! Mais ne vous en faites pas, on n’en mourra pas».
Il y a aussi les flèches lancées à l’encontre des Américains «qui passent leur temps à extraire les saveurs des fruits (au lieu de les déguster ainsi) pour les réutiliser». On devine aussi le dédain qu’elles ont pour les végétariens!
Elles y vont aussi de chansons nostalgiques et souvent satiriques en tournant la mayonnaise ou la béarnaise. On les aime parce qu’elles sont, en cette fin de siècle, les chantres de la cuisine maison, celle des parents qui prenaient le temps de vivre et qui n’avaient pas peur de dire: «Dieu envoie la viande et le diable les cuisiniers».
Les Américains s’en régalent par ces temps où ils redécouvrent les «steak houses», le verre de Martini et le cigare... Mais pas encore la cigarette que les «Two Fat Ladies» allument une fois la tâche achevée, pour se détendre et discuter des recettes. Les effets nocifs de la nicotine? Elles n’en ont que dalle! Ou on est bon vivant ou on ne l’est pas.
WASHINGTON — Irène MosalliElles n’ont peur ni de Virginia Woolf ni des calories, ni des graisses saturées. Ce ne sont pas elles qui hanteraient les salles de gym pour se sculpter un corps à la Cindy Crawford.N’empêche qu’elles sont en train de devenir aussi célèbres que les top-models, avec d’autres atouts. Ce sont les «Two Fat Ladies» (Deux Grosses Dames). Et c’est comme telles que ces deux sujets de Sa Gracieuse Majesté sont d’abord devenues les vedettes du petit écran britannique, avec une émission rabelaisienne, et aujourd’hui, leur réputation a traversé l’Atlantique et elles font un tabac à la télévision U.S.Elles se nomment Jennifer Paterson et Clarissa Dickson Wright, toutes deux la cinquantaine et une corpulence attestant qu’elles apprécient fortement la bombance qu’elles prêchent. Tout...