L’Institut international d’études stratégiques estime qu’au moins 17% des dépenses publiques algériennes sont désormais consacrées à la «sécurité», en fait essentiellement à la guerre civile qui, selon un décompte occidental, a fait 100.000 morts depuis 1992, date à laquelle le pouvoir avait annulé les élections législatives remportées par le Front islamique du salut (FIS).
Encore ce chiffre de 17% ne comprend-il pas l’intégralité du budget de la police, sur lequel l’Algérie garde le secret le plus total, a expliqué à l’AFP l’économiste de l’IISS, Digby Waller.
Si l’on considère le seul budget de la défense, l’augmentation est énorme sur les dernières années et contraste avec la décrue des dépenses militaires observée dans de nombreux autres pays du monde.
En 1994, le budget réel de la défense s’est élevé en fin d’année à 1,4 milliard de dollars, selon les estimations de l’IISS. Il est passé à 1,7 milliard en 1996, et devrait se solder par 1,8-1,9 milliard de dollars cette année, estiment les experts de l’Institut. En proportion du produit intérieur brut, le poids de la lutte contre le terrorisme est lourd: 4% de toute la richesse générée par le pays y sont consacrés cette année.
Pour Digby Waller, le budget de la défense peut être quasi-totalement assimilé au budget de la lutte contre le terrorisme. «A part le conflit qui l’oppose au Maroc au Sahara occidental, l’Algérie n’a pas d’ennemi extérieur. Toutes les dépenses sont consacrées à la guerre civile», explique-t-il.
Le gouvernement de Liamine Zeroual achète des armes de plus en plus lourdes pour lutter contre les groupes islamiques armés, en particulier des véhicules de transports de troupes blindés, équipés de mitrailleuses.
«Ils sont aussi sur le marché des tanks», explique Digby Waller, et ont acquis cette année une dizaine d’hélicoptères.
Leurs principaux fournisseurs sont la France, premier bailleur de fonds de l’Algérie avec une enveloppe qui avoisine un milliard de dollars par an, l’Egypte, et des pays d’Europe de l’Est.
La Slovaquie leur a vendu des véhicules terrestres armés. Alger a aussi essayé sans succès d’acheter des tanks aux Tchèques qui ont finalement renoncé au marché, de peur d’être critiqués pour une implication dans une guerre civile, selon l’expert de l’IISS.
Outre les achats d’armes, l’entretien des troupes pèse aussi de plus en plus lourd sur le budget algérien. En un an, le nombre des soldats a augmenté de 2.000 (pour passer à 124.000), celui des forces de sécurité nationale de 4.000, celui des gendarmes de 1.000.
Et surtout, le gouvernement a recruté dans les villes et villages des milices locales qui regrouperaient aujourd’hui quelque 100.000 personnes, selon les estimations de l’IISS. Des milices qu’il faut dans certains cas équiper d’armes légères.


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