En 1946, Henri Seyrig fonde l’Institut français d’archéologie à Beyrouth et Will en a été le premier pensionnaire. Depuis, Will se consacre au Proche-Orient hellénisé. Spécialiste au départ de sculpture classique avec une thèse consacrée au Relief Culturel Gréco-Romain (1955), il s’oriente assez vite vers l’architecture des grands monuments du Proche-Orient, dont il assure la publication: Le Temple de Bêl à Palmyre (1968-1975) et Iraq el-Amir, le Château du Tobiade Hyrcan (1991) en Jordanie. Plus de soixante-quinze articles spécialisés rédigés entre 1942 et 1993 ont été groupés dans un recueil publié à l’occasion du cinquantenaire de l’Institut français du Proche-Orient, De l’Euphrate au Rhin-Aspects de l’Hellénisation et de la Romanisation du Proche-Orient (1995). L’ensemble constitue un ouvrage de référence sur les interactions culturelles entre le Proche-Orient et la civilisation gréco-romaine.
Nommé directeur de l’Institut de Beyrouth (1973-1980), il a dû faire face à de nombreux problèmes pendant la guerre du Liban, notamment en sauvant la prestigieuse bibliothèque de l’Institut, la plus riche dans le domaine de tout le Proche-Orient.
C’est à l’initiative d’Ernest Will que l’Institut de Beyrouth prend une orientation nouvelle en 1997, ouvrant successivement des antennes à Damas et Amman. Depuis, il prend le nom de l’Institut français d’archéologie du Proche-Orient (IFAPO).
Lors de la guerre, le directeur a su regrouper son personnel scientifique et administratif en une grande famille, de manière souvent informelle mais toujours amicale et efficace. Ces années difficiles furent aussi des années de grande activité archéologique (Tell Arca-Liban, Shabwa-Yémen, Iraq el-Amir-Jordanie, Syrie du Nord, etc.). Ceux qui ont connu l’Institut à ce moment garderont de son directeur un souvenir chaleureux.
Son attachement au Liban fait revenir E. Will une fois de plus dans le pays. Sollicité par l’UNESCO, il est membre du Comité scientifique international pour les fouilles du centre-ville. Avec ses collaborateurs de toutes nationalités, E. Will a émis des recommandations de première importance pour la conservation du patrimoine. Ce fut là sa dernière contribution à l’archéologie du Liban et du Proche-Orient. Nous tous, archéologues et anciens pensionnaires de l’IFAPO, nous le pleurons aujourd’hui.
Leila BADRE

