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Actualités - Analyse

Revue hebdomadaire des marchés financiers Livre : le climat s'assombrit

Les craintes politiques, illustrées la semaine dernière par le rejet par le Conseil des ministres de toute augmentation du prix de l’essence telle qu’envisagée par le chef du gouvernement pour financer le nouveau plan d’emprunt de 800 millions de dollars, ont joué un rôle essentiel dans l’assombrissement du climat entourant le marché des changes de Beyrouth. Anticipant une crise ministérielle conjuguée à des perturbations financières et monétaires dans un contexte de marasme économique, nombre d’opérateurs ont estimé devoir se prémunir en dollar. Celui-ci ne tardait pas donc à être recherché à un moment où son offre se contractait sensiblement pour ne trouver le plus souvent de contrepartie à la vente en dehors de la Banque du Liban (B.D.L.).
Toutefois, après que le marché eut exclu tout changement gouvernemental pouvant entraîner une crise politique dans le pays, un certain calme précaire s’est installé au niveau des échanges à la veille du week-end. En effet, les quelques attaques observées, par moment, contre la livre libanaise tendaient à se relâcher sans pour autant céder la place à une attitude plus confiante dans les placements en cette monnaie. Ainsi, la situation technique du marché continuait à être gouvernée par la B.D.L. qui a tenu à satisfaire toutes les demandes du dollar au haut de sa fourchette d’intervention en l’abaissant d’un demi-point à la fin de la semaine, témoignant de sa détermination d’aller jusqu’au bout dans sa politique de stabilité monétaire. Le dollar, qui valait à la fin de la semaine se terminant au vendredi 19 septembre en moyenne 1934,0 L.L., est revenu, vendredi dernier, à 1533,50 L.L. en moyenne, opérant un léger repli de 0,03%, correspondant au taux d’appréciation de la livre libanaise pendant la même période.
Pourtant le dollar continuait à être négocié pratiquement dans les transactions interbancaires bien au-dessus de ce taux moyen indicatif fixé par la B.D.L. et plus précisément au point supérieur d’intervention de celle-ci, soit entre 1538,25 et 1538,75 L.L. à la fin de la semaine dernière, après qu’il fut ramené de 1539,0 à 1538,50 L.L. jeudi et vendredi. Ce phénomène, qui semble traduire une propension du marché à la demande du dollar, est appelé à se prolonger aussi longtemps que la situation politique resterait incertaine dans le pays et que le problème épineux des déficits budgétaires et de la dette publique ne trouverait pas une solution adéquate.

Accès de faiblesse
du dollar à l’étranger

A l’étranger, les marchés des changes internationaux ont été placés pour une bonne partie de la semaine dernière sous le signe des réunions monétaires qui ont eu lieu à Hong Kong tant au niveau des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du Groupe des «Sept» (grands pays occidentaux les plus industrialisés) qu’au niveau de l’assemblée générale annuelle du Fonds monétaire international (G.M.I.) et de la Banque mondiale. De fait, les opérateurs ont été très sensibilisés par la réaffirmation par le groupe des «Sept» de son attachement à des taux de change reflétant les fondamentaux économiques tout en évitant les dépréciations excessives de certaines monnaies qui pourront conduire à des déséquilibres commerciaux importants (allusion faite à la baisse souvent injustifiée du yen qui aurait entraîné une accentuation de l’excédent commercial nippon cette année). En effet, les marchés des changes se sont aussitôt montrés moins unanimes à la hausse du dollar contre toutes les autres grandes monnaies, à l’exception toutefois du sterling qui a souffert de la publication par le «Financial Times» d’un article citant un ministre du gouvernement travailliste affirmant que la Grande-Bretagne adoptera la monnaie unique européenne (l’euro) peu après son lancement début 1999. En outre, les nouvelles faisant état que le secrétaire d’Etat américain, Madeleine Albright, avait fait savoir à son homologue japonais, Keizo Obuchi, que l’aggravation du déséquilibre des échanges commerciaux entre leurs deux pays risquait de redevenir un problème «bilatéral» majeur, sont venues exercer quelques pressions sur le dollar en faveur du yen. Cela d’autant que le sous-secrétaire américain au Trésor, Lawrence Summers, avait lui aussi exprimé dans une déclaration séparée l’inquiétude de Washington à l’égard des excédents commerciaux japonais, à un moment où le vice-ministre japonais des Finances, Eisuke Sakakibara, venait de rappeler aux marchés la déclaration du groupe des «Sept» qui avait envoyé un message clair aux opérateurs sur la parité dollar/yen en soulignant la nécessité d’éviter toute dépréciation excessive des monnaies qui pourrait conduire à de nouveaux déséquilibres commerciaux. A tout cela s’est ajoutée une autre «mise en garde» lancée par le président de la Bundesbank, Hans Tietmeyer, selon lequel la banque centrale germanique ferait tout pour que le deutschemark reste fort et ne tolérerait pas une dépréciation trop importante de la devise allemande face au dollar.
Certes, tous ces propos militant au passif du «billet vert» devaient exercer des pressions sur sa tendance ainsi que les conjectures selon lesquelles la Bundesbank serait tôt ou tard contrainte à resserrer les rênes du crédit pour juguler les tensions inflationnistes ayant pour origine la hausse plus forte que prévu des prix à l’importation en Allemagne lesquels auraient augmenté de 0,9% le mois dernier par rapport à juillet pour atteindre une moyenne annuelle de 5,4%. De ce fait, les statistiques publiées la semaine dernière aux Etats-Unis reflétant une certaine résurgence de l’inflation à quelques jours de la réunion, demain, du comité de l’open market de la Réserve fédérale, ne devaient avoir le moindre impact sur le marché à l’actif du dollar. de fait, les opérateurs paraissaient plus attentifs à la révision en baisse des chiffres du produit intérieur brut (P.I.B.) américain au second trimestre de 3,6% à 3,3% contre 4,9% au premier qu’à la révision en hausse du déflateur des prix (principal indicateur de l’inflation) sur base de P.I.B. de 1,5% à 1,8% contre 2,4% pendant la même période. Il en est de même de l’annonce d’une forte augmentation de 2,7% des commandes de biens durables le mois dernier contre 0,1% en juillet et la diminution de quelque 2000 personnes du nombre des demandeurs d’allocations-chômage aux Etats-Unis pendant la troisième semaine de septembre pour totaliser 306.000 personnes, qui sont passées inaperçues malgré leur signification sur le plan de la surchauffe de l’économie.
Eu égard à toutes ces considérations et dans l’attente des résultats de la réunion, demain, du comité de l’open market de la Réserve fédérale ainsi que de l’opération de prises en pension en Allemagne à l’issue de laquelle sera fixé le «Répo rate» de la Bundesbank maintenu à 3,0% depuis plus d’un an, et compte tenu aussi du démenti par le Trésor britannique de l’information du «Financial Times» au sujet de l’adhésion du sterling à l’euro, le dollar est parvenu finalement à réduire un peu ses pertes de la semaine contre toutes les autres grandes monnaies ainsi que ses petits gains face au sterling. Il a ainsi achevé la semaine, vendredi dernier, à New York, à 1,7580 D.M. contre 1,7760 à la fin de la semaine se terminant au vendredi 19 septembre (- 1,01%), à 5,9055 F.F. contre 5,9625 (- 0,96%), à 1,4510 F.S. contre 1,4630 (- 0,82%), à 1717,00 lires contre 1730,00 (- 0,75%), à 121,20 yen contre 122,30 (- 0,90%) mais à 1,6110 pour un sterling contre 1,6125 (+ 0,09%).

Reprise de l’or

Reflétant l’accès de faiblesse du dollar, les cours de l’or ont renoué avec la hausse, la semaine dernière, bénéficiant de quelques courants de rachats du découvert et d’achat à bon compte. Cela d’autant que les réunions du F.M.I. à Hong Kong n’avaient pas fait allusion à des ventes d’or, tant redoutées par les marchés, afin de venir en aide aux pays pauvres. C’est ainsi que la parité du métal fin s’est élevée, à New York, vendredi dernier, à 326,80 dollars l’once contre 321,20 dollars au vendredi 19 septembre, en hausse de 1,74% en moyenne.
En parallèle, l’argent-métal s’est apprécié aussi, bondissant à New York, vendredi dernier, à 4,7830 dollars l’once contre 4,6650 dollars au vendredi 19 septembre, en hausse de 2,53% en moyenne.

Elie KAHWAGI
Les craintes politiques, illustrées la semaine dernière par le rejet par le Conseil des ministres de toute augmentation du prix de l’essence telle qu’envisagée par le chef du gouvernement pour financer le nouveau plan d’emprunt de 800 millions de dollars, ont joué un rôle essentiel dans l’assombrissement du climat entourant le marché des changes de Beyrouth. Anticipant une crise ministérielle conjuguée à des perturbations financières et monétaires dans un contexte de marasme économique, nombre d’opérateurs ont estimé devoir se prémunir en dollar. Celui-ci ne tardait pas donc à être recherché à un moment où son offre se contractait sensiblement pour ne trouver le plus souvent de contrepartie à la vente en dehors de la Banque du Liban (B.D.L.).Toutefois, après que le marché eut exclu tout changement...