«Espions, cravates noires et tartes à la mangue», titre de l’ouvrage, livre des renseignements hautement confidentiels sur les façons de confectionner des pelménis russes, le maïs et crabe à la chinoise ou le bulaunee gandana afghan.
Classées par zones géographiques, les recettes sont révélées pour la plupart... anonymement. Les familles relatent, sous forme d’anecdotes, comment, lors de missions et de séjours à l’étranger, elles ont découvert tel ou tel délice culinaire.
Parmi les rares auteurs identifiés figurent Stephanie Glakas-Tenet, l’épouse du directeur, et les épouses d’anciens patrons, dont Barbara Bush, ex-première dame des Etats-Unis. Les anecdotes «montrent que ce sont de vraies personnes, avec de vraies vies, qui ont des vraies difficultés lorsqu’ils sont à l’étranger,» selon Tick Oborn, porte-parole de l’agence.
«Mangez, buvez, mais faites attention. Quelqu’un cherche toujours à vous voler une bonne recette,» affirme pour sa part Mme Tenet, dans son introduction au livre vendu au profit des bourses d’études pour enfants du personnel de la CIA.
Une pincée de trop
Une femme, en poste à Moscou lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, se souvient des difficultés à s’approvisionner en fruits et légumes et d’un concours organisé à l’ambassade américaine pour trouver le meilleur moyen d’accommoder le chou, un des rares produits alors encore disponible. Sa recette, très simple: une salade aux choix et à la pomme.
Une autre, qui propose une recette à base d’espadon, rapporte l’histoire d’une visite à un restaurant exotique qui venait d’ouvrir ses portes dans la périphérie de «la capitale d’un pays communiste». Des employés de l’ambassade, munis d’une réservation, étaient partis à bord de trois voitures à la recherche du restaurant, mais s’étaient perdus et tournaient en rond.
Les agents des services adverses les avaient longtemps suivis puis, las de tourner, avaient fini par charger un agent de la circulation de les mettre sur la bonne route.
Une épouse, qui vante les mérites d’un poulet au curry, se souvient de son cuisinier asiatique dont c’était une des meilleures recettes. Mais si la maîtresse de maison commettait l’impair de le vexer, il se vengeait en y ajoutant une pincée de trop de poivre.
Parmi les recettes douteuses figurent la soupe au cobra pour laquelle il faut se procurer, entre autres, «un cobra de taille moyenne, une gousse d’ail et de la sauce chaude poivrée». «Attraper le cobra. Couper la tête, enlever la peau et les organes internes. Couper en tranches de cinq centimètres. Faire bouillir dans deux litres d’eau pendant 45 minutes. Ajouter les autres ingrédients, refaire bouillir 30 minutes. Servir chaud».
Une mère de famille raconte, pour sa part, le rôle joué par des déjeuners organisés par son mari, afin que leurs quatre enfants apprennent, chacun à leur tour, que leur père travaillait pour la CIA. Lors d’un premier déjeuner spécial, son mari avait confié «le secret» au fils aîné, âgé de 13 ou 14 ans. Les années suivantes, des déjeuners semblables avaient été décidés pour le second et troisième enfant. Le cadet était beaucoup plus jeune, mais ses frères et sœurs avaient insisté pour qu’il soit lui aussi mis au parfum.
A la fin du repas, le père lui expliqua donc son véritable rôle et le petit, horrifié, de s’exclamer: «Tu veux dire que nous sommes des Russes!» (AFP)


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