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Actualités - Reportage

L'avis des occidentaux Ayloul sur la bonne voie (photos)

Le festival du théâtre libanais «Ayloul» qui s’est terminé hier, lundi 15, a intéressé des professionnels occidentaux qui sont venus assister aux sept manifestations de cette première édition.
Frie Leysen est directrice à Bruxelles du «Kunsten Festival des arts». Ce festival de trois semaines, tenu en mai, présente une vingtaine de créations qu’il coproduit, souvent. L’un des buts recherchés est de «créer des ponts entre les différentes communautés de Belgique», dit Leysen. Ce festival de Bruxelles de création récente (1994) traite un théâtre expérimental. «Deux critères pour le choix d’un travail: il y a bien entendu l’aspect technique, mise en scène, scénario... et puis il y a quelque chose d’indéfinissable, souligne Mme Leysen. La pièce à laquelle on assiste doit nous parler de tripe à tripe. On doit y ressentir une urgence chez l’artiste».
Frie Leysen pense qu’un festival doit «être en complémentarité avec la saison théâtrale. Concentré dans le temps comme dans l’espace, il ne doit pas être soumis à un seul fil conducteur, mais suivre plusieurs idées directrices».
Le «Kunsten Festival» bénéficie de subventions des ministères de la Culture flamand et francophone de Belgique. «Notre budget annuel est de 100 millions de F belges (4 milliards de LL ou encore 2,5 millions de dollars US), indique Mme Leysen. En raison des problèmes entre Flamands et Francophones, nous n’avons pu obtenir de subvention pour 1997. Mais nous avons eu un engagement à long terme des communautés flamande et francophone qui nous garantissent des fonds»...
«Ayloul», Frie Leysen en est en quelques sorte la marraine. Elle a beaucoup soutenu et encouragé Pascale Féghali, l’organisatrice libanaise. «En me parlant de son projet, Pascale m’a ramenée des années en arrière, quand j’avais aussi une idée en tête et que je cherchais à la lancer», dit en souriant cette «vétérane».

Une démarche unique...

«J’ai énormément apprécié «Ayloul». Mais mon opinion est à prendre sous réserve. J’arrive dans une culture qui n’est pas la mienne. Beaucoup de choses m’échappent dans cette ville», ajoute Mme Leysen. Sa référence, ce sont deux festivals arabes, Le Caire et Carthage. «Ayloul frappe par sa démarche. C’est un festival qui se concentre sur des artistes locaux, jeunes, indépendants... c’est très courageux».
Elle critique franchement Carthage et Le Caire où elle était dernièrement. Selon elle, on y «met n’importe quoi ensemble. Il n’y a aucune ligne artistique. Le directeur du festival n’a souvent pas vu les spectacles. Il se contente d’appeler les ambassades et de leur demander d’envoyer ce qu’elles ont sous la main...» Elle estime que la démarche d’«Ayloul», toute différente, est «unique dans le monde arabe. Et de ce point de vue, elle mérite un soutien, non pas du monde international politique, mais du monde international artistique».
Frie Leysen a été, malgré la barrière de la langue, plus sensible à la pièce «Al Jidar» de Siham Nasser. «On y sent une maturité dans la direction d’artistes». La forme théâtrale, parfois un peu trop bruyante, «exprime quelque chose. Ces cris qui reviennent et qui donnent un sentiment de désespoir sont en eux-mêmes une information sur la société libanaise. Pour ma part, je trouve que c’est bien orchestré». Quant aux installations, «celle de Walid Sadek au Goethe m’a impressionnée. On sent là l’émergence d’une autre génération qui ose parler des choses, même si elles sont désagréables, pénibles». Ayant assisté aux débats qui ont accompagné les pièces, Mme Leysen fait remarquer «qu’ils sont d’un très haut niveau. Les gens ont pu parler de cette expérience de guerre et de violence. Ce festival a contribué à ouvrir une porte pour qu’on puisse parler de chaque problème».
Elle note qu’il est «important que ce festival se poursuive, avec toujours l’idée d’une créativité indépendante de toute institution». Quant à une possibilité d’échanges, Frie Leysen indique que «la priorité c’est de bien enraciner «Ayloul» à Beyrouth». Il sera toujours temps d’envisager des échanges...

Festival du Théâtre
des Amériques

Marie-Hélène Falcon, directrice du festival du «Théâtre des Amériques» de Montréal, fait écho à Frie Leysen. «Ayloul, dit-elle, est un festival qui a choisi de donner des moyens de création aux artistes. C’est important qu’un festival intervienne au plan de la création. Contrairement à un théâtre, il peut et doit prendre plus de risques». Une ligne artistique? «Ce festival en a une. Elle est clairement repérable et donne la parole à des artistes qui travaillent hors des sentiers battus, qui ont des convictions, qui ont des choses très personnelles à dire. Siham Nasser, Rabih Mroué... sont des gens qui ont quelque chose à dire. Malgré la langue, cela est très évident».
Marie-Hélène Falcon estime qu’il n’y a pas de «style libanais» en termes de mise en scène. «On sent l’influence de la danse contemporaine, du théâtre d’images et de la pensée scénographique occidentale. Mais on dénote chez vous un sens de l’absurde très développé. Sans oublier l’humour...».
Marie-Hélène Falcon est, donc, directrice du festival du Théâtre des Amériques. Fondé en 1985, ce festival de création théâtrale contemporaine se tient tous les deux ans — les années impaires — à Montréal. «Jusqu’à il n’y a pas longtemps, les Américains du Nord ignoraient presque tout des Américains du Sud et vice versa. Ce festival a eu pour vocation première l’échange interaméricain. Mais cela ne s’arrête pas là car un festival de théâtre n’est pas un cours de géographie!» Le festival a un budget de «1,8 million de dollars canadiens (2 milliards de LL ou 1,3 million de dollars US)».
Cette année, il y avait au programme un jeune Libano-Canadien, Wajdi Mouawad. «C’était le deuxième travail qu’il présentait au festival», dit Mme Falcon. Elle ajoute que les Libanais sont nombreux au Canada et dans le théâtre en particulier. «Bien que «canadianisés», ils restent extrêmement attachés à l’art de leur pays d’origine» constate-t-elle.
Au sujet d’«Ayloul», des avis tout à fait similaires ont été émis par Mary-Ann De Vlieg et Manuelle Debrinay-Rizos, respectivement coordinatrice et membre du réseau d’échange «Informal European Theatre Meeting» (IETM).
«Ayloul» aura, finalement, transformé l’essai en but. L’essentiel reste que cette initiative trouve les moyens de perdurer...

Aline GEMAYEL
Le festival du théâtre libanais «Ayloul» qui s’est terminé hier, lundi 15, a intéressé des professionnels occidentaux qui sont venus assister aux sept manifestations de cette première édition.Frie Leysen est directrice à Bruxelles du «Kunsten Festival des arts». Ce festival de trois semaines, tenu en mai, présente une vingtaine de créations qu’il coproduit, souvent. L’un des buts recherchés est de «créer des ponts entre les différentes communautés de Belgique», dit Leysen. Ce festival de Bruxelles de création récente (1994) traite un théâtre expérimental. «Deux critères pour le choix d’un travail: il y a bien entendu l’aspect technique, mise en scène, scénario... et puis il y a quelque chose d’indéfinissable, souligne Mme Leysen. La pièce à laquelle on assiste doit nous parler de tripe à...