«Elle est magnifique, par sa taille et sa valeur symbolique, elle représente la force de notre pays», s’exclame devant l’édifice qui vient d’être achevé après deux ans de travaux Vassili Saobnov, un jeune homme qui, de retour dans son pays pour la première fois depuis huit ans, n’en revient pas.
«Vraiment, elle est à l’image de la Russie qui s’annonce», renchérit Irina Mikhaelovna, une des centaines d’employés de la mairie qui balaie énergiquement les abords du parvis de la cathédrale avant son inauguration par le président Boris Eltsine, le patriarche de l’Eglise orthodoxe Alexis II et le maire de Moscou Iouri Loujkov.
Au son des cloches qui résonnaient à toute volée, Alexis II a espéré, devant une foule enthousiaste, que ce centre de la religion orthodoxe deviendrait le «lieu préféré des Moscovites et des visiteurs de la capitale».
Une deuxième cérémonie d’inauguration est prévue pour l’an 2000, lorsque la décoration intérieure de la cathédrale sera terminée.
«Quand je suis parti, à l’emplacement de cette cathédrale se trouvait une gigantesque piscine», se souvient Vassili, qui apprécie ses promenades dans la capitale où règne une odeur de peinture fraîche, à deux jours du début des festivités marquant le 850e anniversaire de la capitale.
Sa jeune compagne moscovite, Milena, est catégorique: «Cette cathédrale, c’est ce qui a été fait de mieux dans la ville ces derniers temps».
En moins de deux ans, le projet le plus grandiose du maire de Moscou est devenu réalité. La plus grande cathédrale de Russie détruite sur ordre de Staline en décembre 1931 a été reconstruite à l’identique, à l’endroit même où elle trônait en 1883, lors de son inauguration. Sa réalisation avait alors demandé 44 ans de travaux acharnés.
Matraquage
publicitaire
Depuis le 7 janvier 1995, près de 2.000 ouvriers travaillent jour et nuit sur le plus important chantier de la capitale.
Sur une surface de 10.000 hectares, avec une hauteur de 103 mètres, une coupole dorée de 23 mètres de haut, 19 cloches fondues par le constructeur de limousines ZIL, dont une de 27 tonnes, l’énorme bâtiment recouvert de marbre blanc d’Oural a naturellement retrouvé sa place dans le paysage moscovite.
Conforme à la version originale, elle a juste été modernisée de huit ascenseurs et d’un complexe en sous-sol.
«C’est comme si elle avait toujours été là», s’étonne Olga, 60 ans, qui n’apprécie pourtant pas particulièrement le style russo-byzantin de l’édifice.
Très contestée au début à cause des dépenses énormes qu’elle allait nécessiter dans un pays en plein marasme, la reconstruction de l’église du Saint-Sauveur fait désormais l’unanimité des Moscovites.
Car, pour mettre un terme aux polémiques, le très populaire et puissant Iouri Loujkov a créé un fond de soutien à la construction de l’église, célébrant la victoire des armées russes sur les troupes de Napoléon en 1912.
A coup de matraquage publicitaire, le fond a récolté quelque mille milliards des roubles (plus de 170 millions de dollars) grâce à des dons d’entreprises russes et étrangères, ainsi que de particuliers comme le violoncelliste Mstislav Rostropovitch.
«Reconstruite des mains des Russes eux-mêmes, à l’aide de dons en grande partie russes, cette cathédrale montre bien que l’âme russe ne s’est pas éteinte avec les années soviétiques», explique Vladimir Ocinine, qui travaille pour ce fond.
«La Russie orthodoxe fait partie de notre identité nationale, elle est dans nos gènes et sa renaissance donne de l’espoir pour l’avenir du pays», se réjouit de même Zourab Mikhaïlovitch, un pratiquant orthodoxe très favorable à ce projet pour son «accent symbolique».
«Avec cette cathédrale, la Russie qui renaît démarre vraiment sous de bons auspices», ajoute-t-il confiant dans l’avenir et reconnaissant à Loujkov pour son travail énergique dans la capitale russe.
Egalement optimiste, Olga remarque avec un sourire amusé que le monument, fer de lance de son maire, «fait de l’ombre au Kremlin qui, derrière elle, paraît tout d’un coup tout petit». (AFP)


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