«Monsieur, tu veux un chewing-gum?»
Me lance un tout petit bonhomme
Il me le donne pour mille livres
Ses yeux s’ouvrent comme un livre
Est-il de ces nombreux gamins aux yeux d’adultes usés
Qui ont vieilli sans grandir et dont on a abusé
Qui ont pour seul moyen de vivre le commerce de la pitié?
Il porte encore son enfance, peut encore être sauvé
Il me dit
Mon petit nom c’est Moustapha
Je ne suis qu’un zéro pour toi
Dans ce monde mon cœur est nu
Je ne l’habille pas
Ne le questionne plus
Et je m’approche de toi
Toute ma vie c’est la rue
Mais ne m’entends-tu pas
Ou ne m’écoutes-tu plus?
C’est un petit de bohémien
Mais ce n’est pas un bon à rien
Il lavait les carreaux avant
Travaille pour sa mère à présent
Il essuie l’indifférence le jour sur les trottoirs
Marche et mendie sans mendier du matin jusqu’au soir
À six heures, il s’enfuit, l’enfant en lui a peur du noir
Est-ce dans la rue, dans son taudis qu’il trouvera l’espoir?
Il me dit
Mon petit nom c’est Moustapha
Je ne suis rien pour toi
Je ne compte pas les abus
Et je n’attends même pas
Car je n’espère plus
Que l’on me tire de là
Après ce que j’ai vu
Tant que mon monde à moi
N’aura droit qu’au refus
Mais il joue encore cependant
Lui, ce jouet cassé des grands
Il ne voit pas encore venir
Le tournant de son avenir.
Il sourit, est tout fier de savoir écrire son nom
Il n’écrit, ne lit rien d’autre, mais son visage en dit long
Son paradis, c’est un champ, un grand terrain de football
Où il gambade comme un prince et peut aller à l’école
Il me dit
Mon petit nom c’est Moustapha
Et j’entends le son de sa voix
De l’innocence battue
Que l’on ne daigne pas
Soigner et qui se rue
Sur ceux qui ne voient pas
Ceux qui ne savent plus
Qu’un enfant a des droits
Son petit nom c’est Moustapha
Tu lui dis non, ne penses-tu pas
Qu’en ne pensant même plus
À la vie devant toi
Priant pour son salut
Et en croisant les bras
Cet enfant de la rue
Qui meurt, c’est un peu toi
Toi au cœur dévêtu?


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