«Détenu administratif» sur ordre de l’armée israélienne, Imad Seba doit présenter aujourd’hui un deuxième recours à la Cour suprême, pour demander sa libération, après le rejet d’un recours précédent, a indiqué son avocat, Mme Tamar Peleg.
Interné depuis le 20 décembre 1995, ce traducteur de l’université de Bir Zeit en Cisjordanie, âgé de 35 ans, n’a jamais été inculpé ni pu prendre connaissance des charges retenues contre lui, qui relèvent du secret militaire.
Il est sorti de l’ombre récemment en publiant une lettre ouverte à un officier de réserve israélien, condamné en juillet par une cour militaire pour avoir refusé de servir de geôlier aux «détenus administratifs».
Dans ce «message à un officier inconnu» paru la semaine dernière dans la presse palestinienne puis lundi dans des journaux israéliens, le détenu a salué cet «ami de l’autre côté de la barrière», s’étonnant qu’il n’ait pas pris pour argent comptant «les explications officielles qui voudraient que tout détenu soit un terroriste ou un terroriste en puissance».
Le lieutenant de réserve Yuval Dotam a purgé en juillet une peine de 28 jours de prison pour avoir refusé de garder des prisonniers palestiniens enfermés sans procès.
Imad Seba est soupçonné d’appartenir au Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP, de George Habache), une organisation palestinienne opposée aux accords sur l’autonomie palestinienne avec Israël.
Il nie appartenir au FPLP et a en vain demandé de sortir de prison pour étudier aux Pays-Bas, ayant reçu une bourse du gouvernement néerlandais pour y poursuivre ses études en sciences sociales.
Selon son avocat, le service de sécurité israélien, le Shin Beth, a déclaré à la cour suprême lors du premier recours qu’aux Pays-Bas, il lui serait «encore plus facile d’agir contre la sécurité d’Israël».
Ce type d’arguments laisse sceptiques les organisations de défense des droits de l’homme.
«Cette affaire illustre l’arbitraire et les dangers de la détention administrative, puisqu’il est possible de mettre indéfiniment en prison des individus sans les juger», s’indigne une représentante de l’Association des droits civiques en Israël, Mme Orna Cohen.
«Il suffit à l’autorité militaire de renouveler à chaque fois les ordres de détention administrative, de plusieurs mois en moyenne. Certains individus sont depuis cinq ans en prison sans avoir été jugés, alors que l’Etat n’aurait pour les poursuivre qu’à puiser dans l’arsenal impressionnant des lois contre le terrorisme et la subversion», souligne-t-elle.
«Le plus grave, c’est que ni le détenu ni même les juges ne sont pas informés de la teneur du dossier en cas d’appel», ajoute-t-elle.
Cinq écrivains israéliens de renom, notamment Amos Oz, ont adressé le 24 juillet une lettre ouverte au ministre de la Défense Yitzhak Mordehaï, pour exiger qu’on «juge des détenus administratifs ou bien qu’on les libère».
Ils n’ont pas reçu de réponse, mais le nombre de détenus a depuis augmenté en flèche, passant de 250 fin juillet à près de 400, à la suite d’arrestations en masse de Palestiniens islamistes après le double attentat-suicide du 30 juillet à Jérusalem.
L’armée affirme que la détention administrative est indispensable à la sécurité de l’Etat car elle permet de frapper des activistes qui «poussent à la violence» mais contre lesquels le bureau du procureur ne dispose pas de preuves.
Rarement utilisée contre des extrémistes israéliens, la détention administrative est prévue par des lois d’urgence héritées du mandat britannique en place en Palestine jusqu’en 1948.(AFP)


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