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CHRONOLOGIE

L'hôtel Adlon, légende du Berlin d'avant-guerre, renaît de ses cendres

Légende du Berlin d’avant-guerre, l’hôtel Adlon, qui vient d’être reconstruit et sera inauguré samedi, a fait resurgir avec lui une foule de souvenirs sur la Belle Epoque, les heures sombres du nazisme et la débâcle allemande de 1945.

Chez Walter Storz, âgé de 75 ans, les anecdotes se bousculent dès qu’il pénètre dans l’hôtel, reconstruit à l’endroit même où se trouvait son illustre prédécesseur avant d’être ravagé par les flammes en mai 1945.
Employé à la réception de 1939 à 1945, Walter Storz a tout connu: les caprices des hôtes, princes et diplomates, une étiquette très stricte et un raffinement extrême dans le service jusqu’aux dernières heures de la guerre, alors qu’un déluge de roquettes et de bombes s’abattait alentour.
«La guerre semblait s’être arrêtée aux portes de l’hôtel. A l’intérieur, tout fonctionnait normalement. Nous avons eu jusqu’au bout de l’électricité, du champagne, du homard frais et même du Coca-Cola», se souvient M. Storz.
«Pourquoi aurait-il dû en être autrement?», demande-t-il. L’hôtel Adlon était une des adresses les plus prestigieuses de la capitale. Le maître des lieux, Louis Adlon, fréquentait les plus grand, ambassadeurs, industriels et artistes.
Le caviar russe venait-il à manquer pour cause de guerre germano-soviétique? Un simple coup de fil à Stockholm suffisait à résoudre le problème. Les œufs d’esturgeon étaient là 24 heures plus tard, affrétés par avion spécial, se souvient M. Storz.
«La seule différence peut-être, après le début de la guerre en 1939, c’est que le français n’était plus autorisé», ajoute-t-il en riant. Le mot «sauce» a disparu des menus, comme le «trottoir» ou le «coiffeur» du langage officiel.
Quant aux grands noms qui avaient forgé la légende du Adlon dans les années 20, Albert Einstein, Charlie Chaplin, Thomas Mann et les autres, ils avaient déjà pris depuis longtemps le chemin de l’exil ou cessé de fréquenter l’Allemagne, où les nazis régnaient depuis 1933.
Le client resta roi, au prix de toutes les extravagances. Un jour, l’amiral Doenitz, chef de la Kriegsmarine, se mit en tête d’acheter le lit dans lequel il avait dormi.
«Il raconta qu’il n’avait jamais aussi bien dormi depuis des semaines. J’ai dû appeler M. Adlon, qui m’a répondu: s’il veut un lit, qu’on lui en fournisse un», raconte M. Storz. Quelques heures plus tard, un camion était là pour emporter l’objet convoité.

Méconnaissable

Pendant les alertes antiaériennes, une partie des clients restait au bar comme si rien ne pouvait ébranler l’hôtel. Deux précautions valant mieux qu’une, Mme von Karajan, épouse du célèbre chef d’orchrestre, demanda quand même un jour qu’on descende son manteau de fourrure aux abris.
L’hôtel Adlon n’a toutefois jamais été un haut-lieu du nazisme. «Les Adlon étaient trop «grands seigneurs» pour apprécier de voir des hommes en uniforme chanter à tue-tête», raconte Peter Auer, auteur d’un ouvrage sur l’histoire de l’hôtel.
Cinquante ans plus tard, l’hôtel Aldon entend redevenir une des adresses les plus nobles d’Allemagne et accueillir les hôtes du gouvernement allemand, lorsque celui-ci reprendra ses quartiers à Berlin en 1999-2000.
Il a retrouvé pour cela un cadre unique, avec vue sur la Porte de Brandebourg, symbole de la nation allemande, là même où le Mur de Berlin passait encore il n’y a pas si longtemps.
A l’exception de la façade, fidèle à l’originale, le nouvel Adlon est méconnaissable. Le décor des chambres a changé, la réception n’est plus au même endroit. «Tout ce qui reste d’autrefois, c’est la coupole de verre dans le hall et une fontaine», note M. Storz.
Le service n’a plus rien à voir non plus avec les exigences d’autrefois, ajoute-t-il, songeur. «L’atmosphère d’antan n’existe plus. C’est un autre monde, tout est moderne ici, nous avons vécu une autre époque», soupire-t-il. (AFP)

Légende du Berlin d’avant-guerre, l’hôtel Adlon, qui vient d’être reconstruit et sera inauguré samedi, a fait resurgir avec lui une foule de souvenirs sur la Belle Epoque, les heures sombres du nazisme et la débâcle allemande de 1945.Chez Walter Storz, âgé de 75 ans, les anecdotes se bousculent dès qu’il pénètre dans l’hôtel, reconstruit à l’endroit même où se trouvait...