Paradoxalement, c’est l’accord de paix signé en juin entre le président Emomali Rakhmonov et l’opposition islamiste armée qui semble avoir déstabilisé le frêle équilibre qui existait entre les chef de guerre rivaux. Des hommes qui règnent souvent sans partage sur des activité économiques ou des régions entières, à l’aide de troupes à leur entière dévotion.
L’accord garantit aux islamistes, qui tiennent l’est du pays, 30% de tous les ministères, prévoit la fusion de leurs troupes dans l’armée nationale, et l’organisation d’élections d’ici à un an dans cette ex-république soviétique de 5,7 millions d’habitants, ruinée par un conflit de cinq ans entre le pouvoir et l’opposition.
Selon un diplomate occidental, «les chefs de guerre de l’ouest tadjik ont peur de l’arrivée des islamistes. Ils savent qu’il faudra partager encore un peu de pouvoir et que leurs privilèges risquent d’être remis en cause».
Ces potentats ont tiré profit des affrontements ces derniers jours pour tenter de renforcer leur influence politique et leur contrôle sur des secteurs lucratifs légaux, comme les exportations, ou illégaux, comme le trafic de drogue.
Le colonel Makhmoud Khoudoïberdiev, grand perdant des combats du début de semaine, était depuis 18 mois le maître incontesté des régions du sud-ouest. Il tenait notamment la ville de Toursoundzade et son usine d’aluminium, seule installation industrielle importante du pays.
Soutien
de Moscou
Officiellement loyal à Rakhmonov, il n’avait jamais hésité à défendre d’abord ses propres intérêts. «En lançant ses chars samedi dernier sur la route de Douchanbe, il ne voulait sans doute pas entrer dans la capitale, mais seulement donner un coup de semonce, pour marquer la limite de son territoire», estime un observateur étranger.
«Tous ces chefs de guerre vont continuer leurs manœuvres pour acquérir des positions lucratives dans la période de transition à venir», pronostique une note d’analyse diplomatique, rejoignant l’opinion d’une majorité d’observateurs, plutôt pessimistes quant aux chances de la paix.
Le pouvoir de Rakhmonov est assis essentiellement sur la présence de 20.000 soldats russes au Tadjikistan, selon un décompte de l’ONU, appuyés par plusieurs milliers de garde-frontières envoyés par Moscou patrouiller le long de la frontière afghane.
«Rakhmonov tiendra aussi longtemps que Moscou le soutiendra. Mais combien de temps les Russes pourront-ils financer la petite armée qu’ils maintiennent au Tadjikistan?» s’interroge un diplomate occidental de Douchanbe.
L’enjeu n’est pas mince: si le clan gouvernemental explose, qu’adviendra-t-il de ce pays artificiellement créé par les Soviétiques, qui n’a jamais été une nation et qui réunit des ethnies, des cultures et des langues différentes? «La voie, en tout cas, sera libre pour les islamistes arrêtés en juin par l’accord de paix alors qu’ils étaient proches d’une victoire militaire décisive», souligne-t-on de même source.
Le colonel Khoudoïberdiev, avant sa disgrâce, ne s’inquiétait guère du soutien de Moscou: «Lorsqu’il s’agit de lutter contre l’islam fondamentaliste, on trouve toujours des gens disposés à fournir de l’argent et des armes», lançait avec un sourire entendu cet ancien d’Afghanistan, anti-islamiste viscéral.
Les milieux libéraux de Douchanbe redoutent l’émergence d’un régime islamique: «Face à la corruption généralisée et aux conflits entre clans les islamistes proposent une morale, et une vision précise de la société. Ils peuvent s’imposer à moyen terme», avance un responsable tadjik. (AFP)


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