Cinquante ans après l’indépendance de l’Inde de l’abolition des privilèges royaux, ils ont dû s’adapter, la plupart oubliés, même si les populations locales les traitent encore souvent comme des souverains.
Karan Singh, 66 ans, dont le père règnait sur le Cachemire, symbolise le changement. De «jeune prince», explique-t-il, il est devenu «citoyen». Il fut ministre, ambassadeur, et donne maintenant des conférences sur la philosophie indienne. Son palais de Srinagar fut longtemps un hôtel avant que la guérilla n’éloigne les touristes.
Lorsque les Britanniques quittèrent l’Inde en 1947, il y avait 565 Etats princiers, dirigés par des souverains parmi les riches et les plus hauts en couleurs que le monde ait connus.
Certains, comme le Nizam d’Hyderabad ou le maharadjah du Cachemire, règnaient sur des territoires aussi grands que des pays d’Europe.
Larry Collins et Dominique Lapierre racontent dans leur livre «Freedom at Mignight» que les maharadjahs avaient en moyenne 11 titres de noblesse, 5,8 femmes, 12,6 enfants, 9,2 éléphants et 3,4 Rolls Royce.
Il y avait le maharadjah de Gwalior et son train électrique doré servant les invités dans la salle de banquet. Le Nawab de Junagadh, considéré comme l’homme le plus riche du monde, qui avait dépensé 90.000 dollars pour le «mariage» de sa chienne favorite.
Dans l’Inde indépendante, ils n’avaient plus leur place. Jawaharlal Nehru abolit leurs privilèges, même s’ils touchèrent de généreuses rentes de compensation jusqu’en 1971. Indira Gandhi y mit fin.
Karan Singh ne regrette rien: «Je suis né à l’hôtel Martinez à Cannes. Je suis devenu régent du Cachemire à 18 ans, ai été marié à une princesse népalaise et ai fait beaucoup de choses. Je n’ai aucun regret. Le passé était intéressant, mais l’avenir est fascinant. Etre maharadjah est ennuyeux».
Il n’est pas seul à s’être engagé en politique. Madhavrao Scindia, de Gwalior, diplômé d’Oxford que l’on appelle encore «Votre Altesse», est député. Il dirige aussi des hôtels, business qui a permis aux maharadjahs de survivre.
Le Rajasthan compte nombre de ces vieux palais quelque peu poussiéreux accueillant visiteurs étrangers et dollars.
Gayatri Devi, princesse douairière de Jaipur, fut considérée comme l’une des dix plus belles femmes du monde. Elle comptait de nombreux membres de familles royales d’Europe parmi ses amis. Elle dirige aujourd’hui avec son beau-fils des hôtels à 700 dollars la nuit.
Elle évoque sa mère qui avait l’habitude d’emmener sa tortue — carapace incrustée de diamants Bulgari — dans les casinos de Cannes et de Biarritz pour lui porter chance. Elle se rappelle échapper à sa gouvernante à l’âge de 5 ans à Londres pour visiter Fortnum and Mason, acheter une énorme quantité de chocolats et ordonner au directeur: «Mettez cela sur le compte du maharadjah de Coochebehar», son père.
Beaucoup n’ont pas eu de reconversion réussie. Il est vrai que plus de 400 princes régnaient en 1947 sur des royaumes minuscules.
Les descendants du Nawab d’Oudh, ancien mini-royaume du nord de l’Inde, vivent sans eau courante ni électricité dans un monument funéraire de la banlieue de New Delhi. Le prince et la princesse restent cependant très dignes et refusent de parler de la mort de leur mère. Après avoir survécu plus de dix ans dans une gare de la capitale, la Begum d’Oudh s’est suicidée. (AFP)


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