«Nous espérons qu’un jour on aura l’eau courante. C’est ce qu’ils (l’Autorité palestinienne) ont promis, mais on n’a rien vu venir».
Plus loin, une vieille femme courbée sous le poids de ses deux grands seaux revient du puits. «Est-ce que vous êtes là pour m’aider à porter l’eau jusque chez moi?» demande-t-elle aux journalistes.
Pendant les négociations israélo-arabes, lorsqu’elles avaient encore lieu, les débats, «difficiles», concernaient le statut de Jérusalem ou la création éventuelle d’un Etat palestinien.
Pourtant, les experts des deux camps en conviennent, il est un autre obstacle sur le chemin de la paix: l’eau.
En Cisjordanie, plus de la moitié des villes ne sont toujours pas raccordées à un réseau d’alimentation. Pour boire, on va se servir au puits; pour se laver, on utilise les réservoirs d’eau de pluie installés sur les toits.
L’été, par temps sec, il faut acheter son eau, à des prix exorbitants. Livré par citernes, le précieux liquide est souvent pollué.
La querelle du
sous-sol
Pour les colons juifs extrémistes installés en Cisjordanie, la vie quotidienne comporte moins de tracas. De source palestinienne, on estime que les colons, qui ne représentent que 10% de la population des territoires, consomment 80% de l’eau qui y est disponible.
A Pezaël, une implantation juive parmi les plus arides de la vallée du Jourdain, Tsvi Amit, agriculteur, est catégorique: «Il nous faut plus d’eau», dit-il en expliquant qu’il a à peine de quoi irriguer la moitié de ses cultures.
L’amertume de Tsvi n’émeut guère ses voisins du village arabe de Ain Arik. Contrairement aux colons juifs, ils n’ont pas l’eau courante, ni à la maison, ni pour irriguer les terres, et ils doivent s’approvisionner au puits du village.
«Il n’y a pas une seule implantation juive qui n’ait pas l’eau courante», souligne Abdul-Rahmane Tamimi, directeur du Groupe hydrologique palestinien, une ONG qui s’emploie à contrôler l’alimentation en eau de Gaza et de la Cisjordanie.
La querelle de l’eau a son origine dans le fait que la majeure partie des nappes phréatiques dans lesquelles s’approvisionnent les Israéliens est située dans les territoires palestiniens.
Pour les Arabes, le sol et le sous-sol sont indissociables: la terre nous appartient, donc l’eau aussi, estiment-ils. En face, les Israéliens évoquent des arguments historiques: «Nous exploitons ces nappes depuis des décennies, ce sont donc les nôtres».
Pendant cinq ans, Uri Shamir a été chargé des ressources hydrauliques dans la délégation israélienne aux pourparlers de paix. Il n’est pas très optimiste quant à une éventuelle solution à cette querelle: «Ça va être difficile», estime-t-il.
«Tirer la chasse,
une catastrophe»…
D’autant plus, estime Tamimi, que certains responsables palestiniens n’ont pas encore pris conscience de l’ampleur du problème.
«Alors qu’il y a une pénurie d’eau et une demande importante, un ministre palestinien parle d’amener 50 millions de touristes à Bethléem?! Si chacun d’entre eux va aux toilettes une fois par jour, cela représentera trois millions de mètres cubes d’eau, rien que pour tirer la chasse! Ce serait une catastrophe».
Aussi âpre qu’elle paraisse, cette querelle n’est pourtant pas forcément insoluble. Des deux côtés, on estime qu’une fois engagé un véritable processus de concertation politique, elle pourrait même trouver plus rapidement une solution que le désaccord très profond sur le statut futur de Jérusalem.
Un accord provisoire a même déjà été signé, qui accorde aux Palestiniens un quota d’eau supplémentaire. Mais pour Tamini, ce n’est pas assez.
«Les villageois palestiniens ne peuvent pas attendre», souligne-t-il.
La pénurie d’eau a entraîné une crise économique pour les paysans arabes de Gaza et de Cisjordanie, qui ne cultivent plus, selon le Groupe hydrologique, que 3% des terres arables des territoires, contre plus de 25% dans les années 1960.
Lentement, les puits se tarissent, et tout nouveau forage de puits doit recueillir l’autorisation préalable d’une commission spéciale israélo-palestinienne. Celle-ci ne s’étant pas réunie depuis février, aucun puits n’a plus été creusé.
Un désastre
«Ce n’est plus d’eau que nous rêvons, mais d’être autorisé à en chercher», dit Tamimi, qui souligne que l’attitude des Israéliens empêche les Palestiniens de parvenir à l’autosuffisance alimentaire.
Sous le double effet de la pénurie d’eau, qui entraîne une jachère forcée, et du bouclage fréquent des territoires, qui empêche nombre de Palestiniens de se rendre à leur travail, le taux de chômage avoisine les 40% en Cisjordanie et les 60% à Gaza, selon les chiffres de l’Autorité monétaire palestinienne.
Avec un revenu annuel moyen de 652 dollars, les 13 dollars facturés deux fois par mois pour une citerne d’eau sont une bien lourde charge.
Onéreuse, cette eau peut également être dangereuse, car polluée par les pesticides et les engrais, comme l’explique Tamimi.
«A Gaza, c’est un désastre. Ils boivent une eau impropre à la consommation, ou même, dans certains endroits comme Khan Younis, impropre à l’agriculture».
A Ain Arik, en Cisjordanie, on attend toujours l’arrivée de l’eau courante, promise par l’Autorité mais renvoyée aux calendes grecques depuis le gel du processus de paix.
Tamimi, lui, n’y croit pas beaucoup, en tout cas pas dans l’immédiat. «De l’eau, il y en a suffisamment», dit-il. «Ce qui manque, c’est la bonne volonté». (Reuter)


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