Camionneurs, techniciens, contremaîtres ou cadres, ces Hongkongais quittent leur territoire exigu pour tavailler sur le continent. Profitant de la formidable expansion des échanges économiques entre la «Région administrative spéciale» et les provinces chinoises limitrophes, ils ne rentrent au bercail qu’une fois par semaine au mieux, cinq au six fois par an au pire.
Quand ils reviennent, la paix ne règne pas toujours dans leur ménage. Car sur le continent, les épouses le devinent bien, les vaillants travailleurs ont souvent rencontré quelque accueillante compagne.
En «prime time», les séries télévisées de Hong Kong font leurs choux gras de ce nouveau drame social, et les épouses délaissées et éplorées vident leur sac dans des «talk shows» radiophoniques nocturnes.
Chantage financier
«Prendre maîtresse est devenu quelque chose de normal dans cette société. C’est si facile, ils ont tellement de choix», dit Fliza Lam, de l’association catholique Caritas.
D’autant plus, ajoute-t-elle, que les épouses légitimes ne savent pas exactement où travaillent leurs maris.
Dans leur grande majorité, les femmes mariées de Hong Kong restent au foyer et s’occupent de leurs enfants. Quand elles découvrent que leurs époux courent le jupon par-delà la frontière, c’est souvent un choc.
«La plupart ont leurs premiers soupçons quand le mari commence à rapporter moins d’argent à la maison et s’occupe des enfants», explique Lam.
Trompées, les épouses hongkongaises n’ont souvent d’autre choix que de ravaler leur colère et leur humiliation. Que faire d’autre quand le mari est le seul à nourrir la famille?
A 36 ans, Ng est femme au foyer depuis son mariage, il y a douze ans. Trois mois après la naissance de son deuxième enfant, elle a découvert qu’en Chien, son mari la trompait avec une femme mariée.
«Il m’a demandé de divorcer, sans même le dire à ses parents. Il voulait que je continue de m’occuper des enfants, comme ça il aurait pu épouser sa maîtresse en Chine, sans se rendre coupable de bigamie», dit-elle.
Problèmes affectifs
Comme elle a refusé le divorce, Ng a dû faire face aux représailles financières de son indélicat époux. Depuis deux ans, il ne lui a pas versé un centime. Pour elle qui n’a pas reçu d’instruction, ce n’est pas facile d’élever ses deux enfants.
Sur le continent, la rivale de Ng a demandé le divorce. Elle veut épouser son amant et obtenir ainsi le droit de s’installer à Hong Kong, avec ses enfants.
L’histoire de Ng n’a rien de banal. Depuis quinze ans, le taux de divorce a pratiquement triplé à Hong Kong, sans que l’on puisse établir si le développement des frasques extra-conjugales sur le continent y est pour quelque chose.
Pour les responsables de Caritas, cette tendance a en tout cas une influence négative notoire sur le dévelopement affectif des enfants. Privés d’amour paternel, ils manquent de confiance en eux, explique Lam.
Des problèmes affectifs et psychologiques qui pourraient s’accentuer au moment où ces enfants atteindront l’âge de convoler à leur tour. Le spectre d’un cercle vicieux de l’infidélité conjugale n’est pas loin.
La solution? Le retour au pays, dit Lam. «Si les maris quittent leurs emplois en Chine, c’est la fin de leur relation extra-conjugale sur place, car dans la plupart des cas il s’agit de sexe, pas d’amour». (Reuter)
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