«Dans les districts les plus dynamiques, le chômage ne dépasse pas 2 ou 3%», souligne Marco Fortis, professeur d’économie industrielle à l’Université catholique de Milan (nord) et directeur du bureau d’étude du groupe Montedison.
La palme du plein emploi (moins de 5% de chômeurs contre 12% au niveau national) a été remportée l’an passé par Reggio d’Emilie (céramique), Trévise (textile et mécanique), Bolzano (bois et vin), Belluno (optique), Mantoue (collants féminins), Modène (habillement), Biella (lainages), Vicence, Bergame et Lecco (machines industrielles).
Les districts sont aussi des champions de l’exportation, puisque «sur un excédent commercial de 130.000 milliards (environ 76 milliards de dollars) en 1996 réalisé par les petites et moyennes entreprises, la moitié provenait des systèmes locaux de production», précise M. Fortis.
Quel est donc le secret du dynamisme de la centaine de systèmes locaux, situés surtout dans le nord et le centre du pays, qui rassemblent 60.000 entreprises de 600.000 salariés et réalisent 120.000 milliards de lires (environ 67 milliards de dollars) de chiffre d’affaires annuel (10% du produit intérieur brut italien)?
«Leur enracinement remonte à la Renaissance. A Vigevano (près de Milan), les artisans ont commencé en tissant des tapis, puis sont passés à la chaussure avant de se reconvertir dans les machines pour fabriquer des chaussures, secteur dont ils sont devenus leaders», explique à l’AFP Enrico Bondi, administrateur délégué de Montedison, qui vend la moitié de sa production aux districts.
Un savoir-faire transmis de générations en générations, l’ardeur au travail, une bonne dose d’individualisme (la plupart des structures sont familiales) et la capacité de se renouveler, expliquent le succès des districts. Tout comme la séduction du style italien, «qui se vérifie pour les articles de mode, mais aussi pour les machines», selon M. Fortis.
Autres atouts des districts, une forte concurrence interne qui pousse chaque entrepreneur à s’équiper de machines dernier cri et un rapport de collaboration avec les fournisseurs qui participent au processus d’innovation.
Le phénomène est très net dans le secteur des valves et robinets de laiton, dont l’Italie est devenu le leader mondial ces dernières années. Cette performance est l’œuvre de deux districts, l’un en Lumezzane près de Brescia (nord) et l’autre à cheval entre Novara et Vercelli (nord-ouest), qui cumulent des ventes annuelles de 3.700 mds de lires (environ 2 milliards de dollars).
«Les habiles fondeurs de cloches du XVe siècle, qui travaillaient déjà le bronze, se sont transformés à la fin du XIXe en fabricants de valves et robinets», raconte Savino Rizzio, patron de la VIR de Valduggia, près de Vercelli.
Aujourd’hui, de la barre de laiton et de produits semi-finis aux valves et robinets, système complexe s’est mis en place qui comprend la fourniture par une galaxie d’entreprises locales des manettes et autres éléments plastifiés.
Un tel ensemble est impossible à déplacer. «Il faudrait recréer toute la chaîne alors qu’ici, je peux m’appuyer sur des fournisseurs qui m’offrent un produit de qualité à bas prix», explique M. Rizzio.
Le district industriel n’est donc pas facile à copier même si, selon les experts, il intéresse beaucoup les Japonais. (AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine