C’est à Bâle que réside le grand spécialiste de cette minorité silencieuse, le «nanologue» Fritz Friedmann. Entre un débat avec des psychiatres à Nancy (est de la France) et une apparition à la télévision allemande, «l’homme qui voit des nains partout» évoque son courroux.
«Nous avons dû créer l’Association internationales des amis des nains de jardins, car ils étaient montrés de façon indécente, notamment dans des publicités pour des préservatifs. En Allemagne, plus de cent produits déclinent l’image du nain, et pas forcément avec bon goût», explique-t-il.
Plus souvent qu’à son tour, il prend sa plume pour protester parce que l’on compare publiquement une personne à un nain de jardin.
«Lorsque l’on compare un homme politique français à un nain de jardin, c’est une insulte... mais pour le nain», s’indigne-t-il avec un humour tout terrain qui l’empêche de sombrer dans une «nanofolie» précoce.
Marié à une épouse forcément «nanophile» et cohabitant avec un petit millier de bonhommes épanouis poussant brouette ou bêchant, il mène le combat de son trois-pièces bâlois.
Il n’avoue qu’une défaite: l’invasion depuis 1950 de clones bon marché en matière plastique dans les jardinets et sur les téléviseurs.
Yeux vifs
«Le beau nain est en terre cuite, il mesure moins de 68 centimètres et sa beauté réside largement dans la vivacité de ses yeux peints», explique-t-il.
Autrefois, les enfants n’avaient pas le droit de les toucher, car ils avaient de la valeur et se transmettaient par héritage. Leurs couleurs s’estompent avec l’âge, mais cela augmente leur valeur dans les expositions.
«Les nains en plastique n’ont pas d’âme», affirme-t-il avec dédain. Il se refuse également à aborder le délicat problème de leur reproduction, car tout nanologue qui se respecte récuse l’existence de naines de jardin.
Depuis peu des organisations de libération des nains lui causent de nouveaux tourments. «La Gazette des nains» éditée à Bâle s’en fait l’écho dans des éditoriaux vengeurs. Ce périodique est publié non seulement en allemand mais aussi en français, car «la France n’est pas un pays sous-développé pour les nains», reconnaît-il.
La gazette regrette tout de même que le préfet de l’orne ait qualifié «de délinquance mineure» un «lâcher de nains de jardin» dans une forêt du département.
Les enlèvements répétés de nains dans les jardins français ou suisses ont un débat entre leurs propriétaires et les ravisseurs qui prétendaient vouloir «les rendre à leur milieu naturel».
Mais entre les extrémistes du «Front de libération des nains-canal hystérique» et les membres de l’«Association de défense du kitsch pavillonnaire», le débat tourne vite au dialogue de sourds.
Pour les premiers, «les nains de jardin ne se reproduisent qu’en milieu naturel et les laisser dans des jardinets équivaut à programmer un génocide».
Les autres dénoncent «la misère philosophique des auteurs des kidnappings».
M. Friedmann resitue ces incidents dans un contexte historique: «Les nazis avaient interdit les nains de jardin parce qu’ils étaient petits et le régime communiste est-allemand avait un moment interdit leur production, car ils correspondaient selon lui à un instinct de propriété petit-bourgeois», explique-t-il.
Ce n’est que le début d’un long combat pour défendre cette minorité sage et colorée, mais M. Friedmann, hôte des plateaux de télévision et auteur d’un ouvrage retraçant l’épopée de ses petits amis, veut relever le défi.
A Strasbourg, le groupe «Nainportequoi» a composé en début d’année un hymne international qui proclame: «Aidons les nains au tablier vert à vivre en paix dans notre hémisphère». Il existe également une version rap, précise fièrement le nanologue bâlois, Fritz Friedmann. (AFP)


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