«Une nouvelle chance, voici la nouvelle», dit Johnny Mc Lean, en empilant les journaux du matin sur l’étalage de son magasin, dans l’ouest catholique de Belfast.
En quart de page, à la une du quotidien local, trône la photo de Gerry Adems. L’index levé, le président du Sinn Fein, l’aile politique de l’IRA, montre l’avenir.
«Mes enfants grandiront peut-être sans les bombes et la violence après tout», soupire Martina Spence, à Ballymurphy, à cent mètres de la maison où Gerry Adams est né, il y a 49 ans, au cœur de la circonscription dont il est aujourd’hui le députe.
«C’est une bonne occasion de faire la fête», pense Mme Spence, «mais il nous faudra attendre un peu».
En revanche, espérons que «les négociations multipartites, avec le Sinn Fein, commencent au plus vite, la dernière fois (1994) nous avons eu 18 mois de trêve, mais pas de pourparlers».
Sur le trottoir, John Brannon, un retraité, achève de lire «l’Irish News» du jour par la rubrique décès. «J’ai 72 ans, je ne crois pas voir une Irlande unie avant la fin de ma vie, mais peut-être mes enfants auront-ils cette chance. Je n’aurais jamais cru qu’on aurait un jour un maire catholique à Belfast, et c’est le cas».
Côté protestant, Woodvale, sur les hauteurs loyalistes de Belfast-Ouest, fait également partie de la circonscription de Gerry Adams. Mais les bordures de trottoirs bleu, blanc, rouge, comme l’Union Jack, le drapeau britannique, marquent le territoire loyaliste.
«Bien sûr, tout le monde veut un cessez-le-feu, mais combien de temps va-t-il durer? Jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’ils n’obtiendront pas une Irlande unie, ensuite ils reprendront les attentats», souligne W., un épicier «sans nom», dont le tatouage sur l’avant-bras au nom d’UVF, un groupe armé protestant (Ulster Volunteer Force), affiche l’opinion.
«J’ai peur que Londres complote avec l’IRA aux dépens de la communauté unioniste (favorable au maintien de l’Ulster dans le Royaume-Uni)», pense Bobby Mc Bride, un fleuriste protestant de soixante ans.
«Oui, nous voulons vois Sinn Fein aux pourparlers, mais pas avec les fusils de l’IRA, de peur qu’ils s’en servent à nouveau», dit-il, «qu’ils posent leurs armes sur la table! C’est le seul moyen de prouver aux unionistes qu’ils sont sincères».
A Lurgan, à 20 km à l’ouest de Belfast, l’IRA a abattu deux policiers au mois de juin. Et catholiques et protestants sont conscients du fossé qui sépare les deux communautés après un mois de juillet de violences.
Pour Wilson Freeburn, qui anime «les amis de Lurgan», une association intercommunautaire, «l’espoir est réel, mais un optimisme gardé» est de rigueur «car les blessures mettront longtemps à guérir».
Les parents de Bernadette Martin, une catholique de 18 ans abattue mardi en pleine nuit, par un tueur loyaliste, chez son petit ami protestant, habitent cette petite ville.
Comme d’autres parents avant eux, ils espèrent que Bernadette sera la dernière victime de 30 ans de conflit armé. «Si la mort de ma fille a servi à provoquer» le cessez-le-feu, «alors je suis transporté d’allégresse. Voilà la nouvelle que j’attendais!». (AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine