L’élection présidentielle, au suffrage indirect, s’était déroulée lundi dernier et K.R. Narayanan, ancien journaliste, diplomate et député, puis vice-président depuis 1992, a comme prévu très largement battu son unique adversaire, T.N. Seshan. Il disposait du soutien de quasiment tous les partis.
Le décompte des voix, qui a été effectué hier au Parlement à New Delhi, lui a donné près de 95% des suffrages exprimés des grands électeurs, 4.231 contre 240, la plus grande marge de tous les scrutins présidentiels.
Il succédera le 25 juillet, pour cinq ans, à Shankar Dayal Sharma, 79 ans.
«Je me sens humble et content. Je ferai de mon mieux pour satisfaire les aspirations du peuple», a déclaré M. Narayanan après la proclamation des résultats. A la question de savoir ce que cela lui faisait d’être le premier chef d’Etat «intouchable», il a répondu: «Je suis simplement président».
Dans le système parlementaire indien, inspiré du système britannique, le pouvoir appartient au premier ministre, mais le président, chef de l’Etat et des forces armées, peut jouer un rôle important lorsque la formation des gouvernements est difficile comme au cours des dernières années. Il peut aussi appeler à de nouvelles élections.
M. Narayanan, homme petit et frêle aux cheveux blancs, unanimement respecté pour sa culture et son intégrité, est né parmi les Dalits (les opprimés), situés tout en bas de la hiérarchie des castes et appelés «intouchables» avant que ce terme ne soit officiellement aboli, après l’indépendance de l’Inde.
Il n’a cependant pas partagé le sort misérable de la grande majorité d’entre eux. Fils de médecin, diplômé de la London School of Economics, protégé de Nehru, il fut professeur, journaliste puis diplomate en poste en Birmanie (son épouse est Birmane), Japon, Grande-Bretagne, Australie, Vietnam, Thaïlande, Turquie, Chine, et ambassadeur aux Etats-Unis (1980-84).
Elu député du parti du Congrès en 1984, il fut ensuite ministre du Plan, puis des Relations extérieures (1985-86), avant d’accéder à la vice-présidence, poste essentiellement honorifique.
L’accession à la plus haute marche politique d’un représentant des «intouchables», l’année des 50 ans de l’Inde indépendante, est considérée comme un progrès important pour les Dalits, qui restent victimes de nombreuses discriminations. M. Narayanan entend consacrer sa présidence notamment à travailler en leur faveur.
Des émeutes la semaine dernière à Bombay ont fait 13 morts parmi les Dalits, dont 12 tués par les balles de la police, suite à la profanation d’une statue d’un défenseur des «intouchables».
Depuis l’indépendance de l’Inde, le 15 août 1947, le poste de président a été occupé par cinq membres des hautes castes hindoues, deux musulmans et un sikh.
Le président indien est élu par 4.833 grands électeurs, les membres des deux chambres du Parlement fédéral et des assemblées des 27 Etats et territoires de l’Union indienne. Le vote s’était déroulé lundi simultanément au Parlement à New Delhi et dans les 27 capitales régionales.
M. Sheshan, un ancien président de la commission électorale indienne, n’avait reçu le soutien que d’un parti nationaliste hindou extrémiste qui dirige un gouvernement de coalition dans l’Etat de Maharashtra, dont la capitale est Bombay.(AFP)


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