Sa face poupine, couverte de taches de rousseur, ne le laisse pas supposer mais le jeune Allemand est un tueur.
En Andorre, il a écrasé la course comme il l’avait fait un an plus tôt dans le contre-la-montre de Saint-Emilion, avalé à plus de 50 km/h de moyenne.
Sa puissance avait fait frémir et le directeur sportif des Telekom, Walter Godefroot, avait annoncé, en homme de science, que son jeune prodige possédait les moyens de gagner le Tour de France.
Vendredi, à Saint-Etienne, il peut accomplir un pas supplémentaire vers ce premier sacre annoncé.
Sur un parcours contrarié par un col de deuxième catégorie et peu favorable aux grands rouleurs comme Chris Boardman ou Abraham Olano, la bagarre ne devrait réunir que trois protagonistes: Ullrich, son nouveau dauphin Richard Virenque et son ancien patron, Riis.
Car personne ne peut venir troubler ce contre-la-montre dont le suspense s’est fortement réduit avec les abandons sur blessure du Suisse Tony Rominger et du Russe Evguéni Berzine, tous deux victimes de fractures de la clavicule dans des chutes collectives la première semaine.
Quant à Alex Zülle, qui se remettait de ce mal récurrent, il a préféré abandonner pour ne pas compromettre sa saison.
Le manque de combattants n’est pas pour décourager Bjarne Riis, quatrième au général à 4’53’’, et qui a acquis la certitude que le Tour de France ne se gagne pas dans les exercices solitaires.
Abattu, le Danois n’a pas renoncé à défendre la précieuse tunique que son cadet promène chaque jour sous ses yeux.
Les efforts de Virenque
«Jan était le plus fort, affirmait-il à l’arrivée d’Andorre. Mais il reste beaucoup d’étapes et nous allons gagner le Tour de France. Que ce soit moi ou Jan».
Trop longtemps maintenu dans le rôle d’équipier jusqu’à son sacre sur les Champs-Elysées l’an dernier, Riis ne cessait de répéter avant le départ de Rouen qu’il était le maître des lieux. S’il a pris acte du changement, cela ne signifie pas qu’il l’accepte même contre l’opinion de son manager Godefroot.
Meurtri dans son orgueil, le tenant du titre a besoin de prouver qu’il n’est pas, comme beaucoup d’autres avant lui, le coureur d’un seul Tour.
A l’inverse de Riis, qui a très peu remonté ses chronomètres, Richard Virenque a passé tout l’hiver à tenter de les mettre à l’heure.
Poids mouche et pur grimpeur, le Varois a travaillé sur piste et obtenu des résultats. En 1992, il avait perdu près de 20 minutes en temps cumulé dans les contre-la-montre. En 1996, seulement 6’22’’.
Pourtant, il sait que son premier objectif sera de limiter les dégâts sur un tracé qui ne le désavantage pas trop pour garder une chance de combler son retard dans la montagne.
«Ullrich aura l’avantage dans le chrono mais ensuite, il y a les Alpes et des étapes qui sont faites pour des coureurs comme moi ou Pantani», affirme-t-il.
Totalement exclu des débats dans les Pyrénées, Olano pourrait essayer de prendre part à cette explication et trouver enfin un point de ressemblance avec son prédécesseur, Miguel Indurain.
Mais, pris dans l’une des nombreuses chutes qui ont émaillé la première semaine, l’Espagnol affirme y avoir laissé une partie de ses chances en même temps qu’un peu de son cuissard.
Le premier grand «chrono»
Ce premier grand contre-la-montre, long de 55 kilomètres, est tracé en boucle à l’est de Saint-Etienne.
Le parcours, qui traverse le Parc régional du Pilat, emprunte le col de la Croix-de-Chabouret, classé en deuxième catégorie. Le sommet, après une montée de 14 kilomètres à 5,9 pour cent, est situé peu avant la mi-course.
C’est sur ces pentes que Claudio Chiappucci avait compromis ses chances de remporter le Tour de France 1990. L’Italien, attaqué de toutes parts, avait perdu plusieurs minutes, tout en sauvant son maillot jaune.
Les postes de chronométrage sont situés après Saint-Chamond (km 12,5) et au sommet du col (km 26,5). (Reuter, AFP)


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