Les vitrines des magasins «bio» qui se multiplient en témoignent: publicités pour des traitements à base d’énergies curatives, méditation zen, ateliers de renaissance et cours d’arts martiaux en tous genres.
L’exotisme à tout crin attire de plus en plus d’adeptes en Israël. Les jeunes étaient près de 500.000 l’an dernier à se ruer à l’étranger, aux Etats-Unis ou en Europe, mais aussi dans les cours de méditation d’Inde et de Thaïlande.
Ils disent souffrir d’un sentiment d’étouffement. «La pression politique et sociale est trop forte ici», explique Rami Cohen, 23 ans, étudiant en comptabilité. «Les jeunes veulent se laver la tête, surtout après trois ans de service militaire. Là-bas, les gens sont plus calmes. Ici, c’est la culture de la force».
Pour le sociologue Réuven Kahana, ce mouvement de fuite révèle surtout la peur d’un monde moderne chaotique. «Les jeunes qui assistent à l’augmentation de leur niveau de vie cherchent à donner un sens à notre monde matérialiste», explique ce professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem.
«Au lieu de chercher à construire un nouveau monde, les jeunes reproduisent le chaos moderne», affirme-t-il. «Avant, ils trouvaient leur stabilité dans les mouvements de jeunesse ou le système scolaire, aujourd’hui, même les délinquants cherchent à donner un sens à leurs crimes».
Ifat Gazel était partie pour la Thaïlande et de fil en aiguille, elle est restée quatre ans en Extrême-Orient. A 33 ans, elle continue à pratiquer dans son petit appartement de Tel-Aviv la méditation qu’elle a apprise en groupe.
Ces Israéliens ramènent avec eux un nouveau style vestimentaire, des plats épicés et un sens plus aigu de la spiritualité.
Shlomo Oster, 30 ans, vend des bonbons au souk de Jérusalem pour pouvoir se payer son prochain voyage en Amérique du Sud. En attendant, il va «dans les montagnes prier Dieu, seul dans la nature». «A la pleine lune, je me sens renaître», dit-il, un large sourire aux lèvres et les yeux brillants.
Pour certains, ces voyages exotiques entraînent de véritables révolutions mystiques. Sharon Hadad, 28 ans, est revenu à la religion lors d’un séjour de quatre mois en Thaïlande. Depuis, il pratique avec rigueur les préceptes du judaïsme.
«Je me suis cherché là-bas et je me suis trouvé ici», dit-il en racontant ses expériences de spiritisme, qui lui ont prouvé, affirme-t-il, l’existence des esprits.
Pour les brebis égarées qui ne trouveraient pas seules le chemin du retour, la secte ultra-orthodoxe des Loubavitch s’en charge.
«Nous envoyons nos hommes à Katmandou ou Delhi pour rappeler aux Israéliens quelques éléments du judaïsme», explique Shalom Levenhart, qui a lui-même fait le voyage au Népal. (AFP)


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