Le juge Ezra Kama du tribunal de Jérusalem-Est a justifié le refus de la mise en liberté provisoire de Tatiana Sosskind, qui risque un maximum de 26 années de prison, par les troubles de l’ordre public qu’elle pourrait causer. Le tribunal a également décidé de lui faire passer un test psychiatrique.
Mme Sosskind, 26 ans, fait face à quatre chefs d’accusation: agissements racistes, atteinte aux sentiments religieux, soutien à une organisation terroriste et enfin agression contre des conducteurs de véhicules. La date de l’ouverture du procès n’a pas encore été fixée.
Les tracts qu’elle a diffusés fin juin, qui représentaient le prophète Mahomet sous les traits d’un porc, ont provoqué des réactions indignées dans le monde musulman et suscité des émeutes à Hébron, où plus d’une centaine de Palestiniens ont été blessés par l’armée israélienne.
C’est surtout l’accusation d’avoir jeté une pierre sur une voiture palestinienne qui pourrait lui causer la peine la plus lourde parmi les 26 années d’emprisonnement qu’elle risque au total, et non pas l’affaire des tracts elle-même.
Pays de «goys»
Le compagnon de l’accusée, Yehuda Shomron, a réagi violemment à la décision de la maintenir en détention. «C’est une décision prise par une cour corrompue, dans un pays de goys» (non-juifs), a-t-il lancé à la presse. M. Shomron avait été brièvement détenu par la police dans le cadre de l’affaire des tracts.
Une demi-douzaine de jeunes supporters du mouvement raciste hors-la-loi Kach étaient présents dans le tribunal mercredi et ont légèrement perturbé le déroulement de l’audience.
Pour expliquer sa décision, le juge Kama a souligné que «personne n’a le droit de transmettre un message qui incite au racisme et met en danger la population».
«La liberté d’expression a des limites, notamment celle qui interdit d’attaquer la religion de tiers. La démocratie n’est pas l’anarchie», a ajouté le juge.
Le procureur, Mme Leora Havilyou, a souligné que Mme Sosskind «n’a pas seulement cherché à insulter (les musulmans), elle avait également l’objectif clair d’inciter à des protestations».
L’avocat de la défense, Sean Casper, a donné un aperçu de la ligne qu’il devrait suivre pendant le procès en invoquant à plusieurs reprises la liberté d’expression en faveur de sa cliente.
Il a également affirmé que la presse palestinienne ne se gênait pas pour publier des dessins qui, selon lui, sont insultants pour les juifs. «L’accusée maintient qu’elle voulait exprimer ses vues, de la même façon que (les Palestiniens) le font dans le cadre de leur liberté d’expression», a affirmé l’avocat.
La défense a également utilisé l’argument selon lequel Mme Sosskind aurait répondu à la violence en placardant ses tracts, car les émeutes se poursuivaient depuis déjà deux semaines à Hébron.
Mme Sosskind, résidente de Jérusalem, a immigré il y a six ans de Russie. Elle a affirmé avoir agi seule.
Les plus hautes autorités politiques et religieuses israéliennes ont condamné son acte mais l’Autorité palestinienne a estimé qu’Israël ferait mieux de forcer au départ les quelque 400 colons juifs de Hébron, principal facteur de troubles dans la ville. (AFP).


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