L’usage d’être enterré dans des cimetières a été introduit au Nigeria par les missionnaires catholiques vers 1840, ces derniers affirmant qu’une fois rassemblées pour leur repos éternel dans ces lieux consacrés par l’église, les âmes des défunts ne sauraient manquer leur rendez-vous avec le Sauveur au jour où il viendrait les chercher pour les emmener au paradis.
Pour combattre la pratique d’enterrer leurs morts à domicile, les courants orthodoxes de l’Eglise ont d’ailleurs souvent brandi la menace que hors des carrés des cimetières, il n’y avait point de salut et que ceux qui s’obstineraient à être ensevelis à la maison, seraient oubliés par Jésus à l’heure de la résurrection.
Mais les tenants de la tradition font fi de cette menace, arguant que ceux qui avaient eu une vie vertueuse trouveraient bien le chemin du paradis quel que soit leur lieu de sépulture.
L’enracinement de cette pratique est d’autant plus fort que les Nigérians respectent scrupuleusement les dernières volontés de leurs proches ayant exprimé le désir d’être enterrés à domicile, et préfèrent, en général, avoir le tombeau de leurs êtres chers sous les yeux.
Cette pratique se retrouve chez les trois grandes ethnies du Nigeria, les Haoussas-Fulanis, du nord, les Yoroubas, du sud-ouest, et les Ibos, de l’est, mais elle est particulièrement tenace au sein des Yoroubas.
Photos à
l’appui
Le «Habbare» (tombeau en langue Haoussa) du célèbre Osman Dan Fodio qui prêcha, vers l’an 1800, le «Djihad» (guerre sainte) au nom d’un islam rigoriste, situé dans l’enceinte de sa maison de Sokoto (nord-ouest) est, depuis plus de 150 ans, un site qui attire de nombreux visiteurs.
La suggestion de procéder à la crémation des défunts – une abomination pour la majorité des Nigérians – formulée récemment par le responsable du département de la Santé de l’Etat de Lagos, le Dr Lancre Ogundium, en raison de la surpopulation des cimetières, aura accru la méfiance pour les cimetières.
D’autant plus que cette suggestion avait été faite à la suite d’un scandale révélé par le «P.M. News», un quotidien du soir de Lagos, photos à l’appui, selon lequel, le cimetière d’Atan, l’un des plus vieux de Lagos, avait été transformé en véritable décharge publique des morts.
La photo publiée par le journal montrait des morts jetés en tas, à l’abandon, dans l’une des ailes du cimetière. Les responsables du cimetière, à l’époque, avaient affirmé que ces morts, provenant des morgues de divers hôpitaux de la ville, n’avaient pas été réclamés par leurs proches pour leur donner une sépulture.
La pratique macabre également fort répandue qui consiste à piller les cimetières pour récupérer divers organes humains à des fins rituelles contribue à la mauvaise réputation des cimetières.
En 1992, durant l’oraison funèbre prononcée à la mémoire d’un éminent enseignant catholique, en présence de l’archevêque de Lagos, Mgr Anthony Olubunmi Okogie, l’assistance, médusée, découvrit que la dépouille du défunt avait été subtilisée. Le requiem dut être prononcé devant un cercueil vide.
Tradition et foi
Le fait que les concessions attribuées dans les cimetières sont de très courte durée, en raison du manque de place, et que l’on déterre les restes des premiers arrivés pour y ensevelir ceux des derniers, a également convaincu de nombreux Nigérians de tourner définitivement le dos aux cimetières.
Face à cette tendance, l’Eglise catholique nigériane a jugé préférable d’accepter que ses fidèles, finalement, s’ils le désirent, puissent avoir leur «tombeau à domicile».
L’Eglise catholique réalise, en effet, aujourd’hui, qu’il serait désastreux de ne pas prendre en considération la culture et la tradition de ses fidèles, explique le père Emmanuel Adetoyese Badejo, du secrétariat de l’Eglise catholique du Nigeria.
«La décision d’assouplir notre politique est un arrangement entre la tradition et la foi, afin que la foi soit moins étrangère à la tradition», a-t-il souligné.
En novembre dernier, le «Premier des Nigérians», Nnamdi Azikiwe, premier président du Nigeria après son indépendance en 1960, a ainsi été enterré, comme le veut la tradition, dans l’enceinte de sa propriété familiale d’Onitsha (est), sur les bords du Niger. (AFP)


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