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Actualités - Interviews

Kesrouan Labani, 10 ans : Yolande sa femme se souvient (photos)

Voici 10 ans disparaissait à l’âge de 67 ans Kesrouan Labaki, journaliste et diplomate. Polémiste redoutable puis ambassadeur, Kesrouan Labaki s’est toujours battu pour le Liban, défendant par ses écrits comme par ses discours la liberté et la justice, autres noms de la cause libanaise. Hommage lui sera rendu ce dimanche 6 juillet, à Baabdat, où on lèvera le voile sur une sculpture allégorique — un livre ouvert — qui lui est dédiée. A Kaslik, dans la maison où il a passé ses dernières années, son épouse Yolande se souvient...
Après des études en économie, Kesrouan Labaki rejoint la presse en 1938. Il sera rédacteur en chef adjoint de «La Revue du Liban», rédacteur en chef adjoint puis directeur de la rédaction de «L’Orient», directeur d’une société d’édition et de diffusion, éditorialiste au «Soir», directeur du «Commerce du Levant»… «Pas un jour ne passait sans que mon mari ne signât un article», rappelle Yolande Labaki. Avec, quand même, une parenthèse de 17 ans, consacrée à la Carrière. «Il écrivait souvent en soirée, chez nous, dans son bureau. Il me consultait toujours, aimait partager et discuter ses idées. Nous parlions beaucoup politique. Aujourd’hui, cela me manque. Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, et il n’est plus là pour me les expliquer».
Kesrouan Labaki avait un esprit d’ouverture extraordinaire. «Il nous a toujours encouragés, les enfants et moi. Pour ma part, c’est grâce à lui que je me suis mise à la peinture», raconte-t-elle. «Un matin, je lui avais raconté un cauchemar que j’avais fait durant la nuit. Il est ensuite parti pour son travail. Entre-temps, j’ai fouillé dans les tiroirs des enfants. J’ai pris des crayons, de la peinture, du papier et je me suis débarrassée de mon mauvais rêve. A son retour, il s’est arrêté devant mon dessin et m’a dit: «C’est très beau, c’est toi qui a fait çà? Tu as du talent». Le lendemain, il m’a emmenée dans un magasin. Il m’a acheté la plus belle panoplie dont un peintre peut rêver: une grande table, un chevalet, des toiles, de la peinture... Et c’est ainsi qu’a commencé ma carrière de peintre»…
«Kesrouan était d’une générosité sans limite», poursuit-elle. «Il ne savait jamais combien d’argent il avait sur lui. Je n’oublierai jamais «la boule» de billets chiffonnés qu’il avait en poche. Lorsque nous lui en demandions, il sortait sa boule et nous la donnait, sans compter. D’ailleurs il n’utilisait jamais de porte-feuille, nous lui en avions offert plusieurs, il n’en a jamais voulu».
En famille, il était «très bon mari, très bon papa», dit sa femme. «Malgré la vie mondaine intense que nous menions, nous prenions toujours le temps de sortir en tête à tête, même après 33 ans de mariage. Pour nos amis, nous formions un couple spécial. Il était également très présent pour nos quatre enfants», souligne Mme Labaki. «Il avait instauré ce que nous appelions «le drink». Chaque soir, à 19h, nous arrêtions tout pour nous retrouver au salon. Ceux qui n’étaient pas là rentraient; ceux qui étudiaient interrompaient leur travail. Kesrouan et moi étions déjà habillés pour sortir. Là, jusqu’à 20h30, nous passions un moment ensemble, à discuter autour d’un apéritif. Il était surtout à l’écoute des enfants. Ce rendez-vous était sacré. Si on sonnait à la porte, il disait: «Qui vient nous déranger?». Les enfants se souviennent encore de cette phrase Et aujourd’hui encore, ils savent qu’ils peuvent venir n’importe quel jour pour» le drink «de 19h».
L’amitié. «Kesrouan avait un sens de l’amitié extraordinaire», dit-elle. «Il avait de nombreux amis qu’il recevait à toute heure. Pourtant, pour ceux qui ne le connaissaient pas, il était intimidant, d’un abord difficile. Il aimait beaucoup les jeunes journalistes qu’il encourageait. La presse était sa seconde famille. Il lisait également beaucoup à toute heure de la journée . A la maison je ne me souviens pas l’avoir vu sans un livre à la main».
Fils de Naoum Labaki, Kesrouan n’a pas connu son père «qu’il admirait. Il avait aussi beaucoup d’admiration pour un frère Salah, le poète», dit Mma Labaki. «Mais il n’en parlait pas souvent. Pour lui, la famille, c’était son propre foyer, sa femmes, ses enfants. Il ne prenait jamais de décision sans nous consulter: changement de décor, changement de maison… Rien ne s’est jamais fait sans l’accord des enfants».
Marié deux fois, en secondes noces avec Yolande Audi, Kesrouan Labaki était père de six enfants dont quatre de son deuxième mariage. «Nos enfants écrivent tous bien. C’est peut-être héréditaire. Mais seul notre fils Maroun est journaliste. Installé en Belgique avec sa famille, il est rédacteur en chef de la politique étrangère au journal «Le Soir».
Ambassadeur à Bruxelles, accrédité également à La Haye et au Luxembourg, Kerouan Labaki a vécu en Belgique pendant six ans. «Le roi Baudouin lui portait beaucoup d’amitié», indique Mme Labaki.
Kesrouan Labaki a ensuite été ambassadeur à Bonn, durant six ans, puis directeur des Affaires économiques au Palais Bustros, avant d’être nommé secrétaire des A.E. en 1979, il a représenté le Liban à l’ONU. «Pour lui», dit sa femme, «les carrières de diplomate et de journaliste se complétaient, s’enrichissaient mutuellement. Il parvenait parfaitement à concilier les deux. Même après sa retraite, il a continué à écrire et à diriger «Le Commerce du Levant». Son dernier article est du reste paru trois jours après son décès»…
Kesrouan Labaki aimait par dessus tout l’équité, l’honnêteté. «Il faut d’abord être honnête envers soi-même», disait-il. Ce qu’il détestait? «La vulgarité et l’avarice», dit Yolande Labaki. «Il était très croyant et pratiquant. Il disait: «Je crois en Dieu, c’est ma seule certitude».
«Nous formons une famille très unie. Trois de nos enfants vivent à l’étranger. Ce dimanche, ils seront tous là pour la cérémonie: nos six enfants et nos 13 petits-enfants dont sept que mon mari n’a pas connus. Eux connaissent tous leur «Jeddo» car nous allons régulièrement lui rendre visite, au cimetière. Pour lui porter des fleurs».
Et c’est à ce pieux hommage familial que Baabdat et le Liban de la pensée, du souvenir, s’associeront dimanche.

Témoignage recueilli par
Natacha SIKIAS
Voici 10 ans disparaissait à l’âge de 67 ans Kesrouan Labaki, journaliste et diplomate. Polémiste redoutable puis ambassadeur, Kesrouan Labaki s’est toujours battu pour le Liban, défendant par ses écrits comme par ses discours la liberté et la justice, autres noms de la cause libanaise. Hommage lui sera rendu ce dimanche 6 juillet, à Baabdat, où on lèvera le voile sur une sculpture allégorique — un livre ouvert — qui lui est dédiée. A Kaslik, dans la maison où il a passé ses dernières années, son épouse Yolande se souvient...Après des études en économie, Kesrouan Labaki rejoint la presse en 1938. Il sera rédacteur en chef adjoint de «La Revue du Liban», rédacteur en chef adjoint puis directeur de la rédaction de «L’Orient», directeur d’une société d’édition et de diffusion, éditorialiste au...