Dès 9h du matin, en effet, les visiteurs ont afflué, venus de différentes régions, en famille ou enre amis, se changer les idées.
Attroupée dans un parking de la rue, la jeunesse s’est surtout intéressée aux groupes de jeunes musiciens libanais ou hollandais qui se sont relayés, sur une grande scène, presque sans interruption.
Leur musique — «mosaïque», — jazz, blues, funk et reggae, rock et hard rock — résonnait dans toute la rue, couvrant celle, orientale, des petits cafés plantés çà et là, sur le bitume ou les trottoirs.
Plantés au milieu de la chaussée, une centaine de stands présentaient une grande variétés d’articles: toiles, sculptures, collages, céramique, poterie, tapis, calligraphies, photos anciennes, fer forgé, arrangements floraux, bibelots, colifichets en perles, poupées folkloriques, livres, cassettes, C.D. et C.D. Rom, affiches, T-shirts, abbayas...
On pouvait également voir un céramiste à l’œuvre; se faire croquer le portrait (ou la caricature) par de jeunes artistes; se faire graver les initiales sur un grain de riz ou se laisser déguiser au coin «grimage». Quant aux plus sportifs, ils n’ont pas hésité à s’engager dans diverses compétitions: trempoline, patins à roulettes, s’en donnant à cœur joie...
L’environnement était également à l’honneur avec plusieurs articles en papier ou carton recyclé. Un groupe de jeunes, représentant l’association «Greenpeace» faisait également signer une pétition pour inciter à solutionner le problème des ordures ménagères, source de pollution.
Epis de maïs, pop-corn, pâtisseries, mais surtout glaces, bières et boissons fraîches ont fait le bonheur des promeneurs qui, casquettes ou chapeaux vissés sur le crâne, tentaient de se trouver un coin d’ombre. Les tout-petits, pour leur part, se sont réunis autour d’un clown-jongleur qui avait plus d’une «clownerie» dans son sac.
Enfin, comme chaque année, le festival a été clôturé par un gigantesque et assourdissant feu d’artifice. A partir de 21h précises, et durant dix longues minutes, le ciel de Beyrouth était illuminé par de magnifiques «gerbes» et corolles multicolores...
Historique
Président du comité des commerçants de Hamra depuis sa création en 1969, Fouad Tuéni rappelle que «Hamra a toujours été innovateur et précurseur. D’abord, dit-il, c’est la première rue à avoir eu un comité. Avant la guerre, nous décorions la rue à l’occasion de toutes les fêtes, chrétiennes et musulmanes».
Après la guerre, il a fallu «restaurer» Hamra, sérieusement endommagée: après avoir refait les trottoirs, le comité a entrepris d’y planter des arbres. «Sur 1 km 105 m (du centre Etoile à Abou-Taleb), nous avons planté 130 ficus. Ces arbres ont un tronc de 2 m de hauteur et ne cachent donc pas les vitrines. De plus, ils peuvent être taillés en plusieurs formes», indique M. Tuéni.
En 1994, Hamra connaît son premier festival. «C’était le premier festival de rue», relève Tuéni. Notre objectif était de briser la glace qui existait encore entre ce qu’on appelait durant la guerre les quartiers Est et Ouest. Nous voulions également y attirer la nouvelle génération — les jeunes de toutes les régions et confessions — et lui faire connaître cette grande rue de Beyrouth».
Objectif atteint avec un demi-million de visiteurs.
Côté budget, «le festival coûte entre 100.000 et 110.000 dollars», indique Fouad Tuéni. La rue Hamra comptant 21 banques, chaque année, 10 d’entre elles offrent de «sponsoriser» l’événement. En contrepartie, le comité des commerçants de Hamra leur offre une campagne publicitaire: de la pub dans les radios, les télés, sur les écrans électroniques, dans la brochure du festival et sur les banderoles qui décorent la rue. De plus, chaque banque dispose d’un kiosque où elle peut faire son autopromotion, distribuer des T-shirt, des casquettes, des autocollants...
En 1995 et 1996, le comité invite tous les artisans et les jeunes artistes libanais à exposer leur travail durant le festival. Un stand est offert à chacun d’eux et on obtient une véritable «galerie des arts» qui remporte un vif succès. Par ailleurs, de nombreuses manifestations sont organisées sur place: des concerts, un cirque, ainsi que des compétitions sportives.
Cette année, le quatrième festival de Hamra était organisé, rappelons-le, en collaboration avec l’ambassade des Pays-Bas. Cependant, à part la musique, le stand de la compagnie KLM et quelques produits alimentaires, la participation hollandaise est passée presqu’inaperçue...
Natacha SIKIAS


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