Mais si M. Eltsine a pu occuper le terrain grâce à la nouveauté que constituait le statut de membre à part entière de la Russie dans ce Club, M. Clinton, lui, n’a eu qu’à exploiter la force triomphante de l’économie américaine pour faire de cette réunion de trois jours «son» sommet.
Malgré des réticences des Européens sur l’Afrique ou sur la formulation de la déclaration économique, les Etats-Unis ont obtenu une très large partie de ce qu’ils souhaitaient.
Ce sommet restera celui où l’Amérique a exhibé sans vergogne son insolente réussite matérielle, dont M. Clinton a justement tendance à s’attribuer tout le mérite, puisque tout est parti, à l’en croire, de son programme de réduction du déficit budgétaire de 1993.
Avec un taux de chômage de 4,8% et un taux de croissance estimé à 3,6% cette année aux Etats-Unis, ce sommet ne pouvait pas tomber pour lui à un meilleur moment.
«Prêcher la prospérité aurait été impensable durant le précédent sommet économique sur le sol américain», en 1990, affirmait un éditorialiste du «Rocky Mountain News», l’un des deux quotidiens de la capitale du Colorado.
«Mais au sommet de Denver, le président Clinton est un évangéliste économique qui se pavane», ajoutait-il.
Alors que ses prédécesseurs républicains, Ronald Reagan et George Bush, se faisaient régulièrement tancer lors des sommets, M. Clinton, lui, a pu s’offrir le luxe de donner des leçons d’économie.
«Souvenez-vous que très souvent lors de ces réunions, les Etats-Unis devaient écouter des leçons sur notre déficit budgétaire, sur le faible taux d’épargne de notre économie, et nous essayions de ne pas nous braquer face à ces critiques», soulignait le porte-parole de la Maison- Blanche, Michael McCurry.
Au-delà de la satisfaction qu’il a retiré de cette position de premier de la classe, la situation exceptionnelle de l’économie américaine est importante à un autre titre pour M. Clinton.
Depuis la campagne électorale de l’an dernier et sa réélection à la Maison-Blanche, il est, en effet, obnubilé par la place qu’il laissera dans l’Histoire.
La refonte totale du système de santé qu’il avait confiée en 1993 à son épouse Hillary et qu’il concevait comme la grande œuvre de sa présidence s’étant avéré un échec et ses efforts de paix au Proche-Orient et en Ulster étant au point mort, il semble maintenant miser sur le grand «dialogue» sur les questions raciales qu’il a lancé le 14 juin et sur la prospérité retrouvée du pays à l’heure de la globalisation pour marquer son époque.
Ce sommet où une Amérique dominatrice et sûre d’elle s’est donnée en spectacle a, en tout cas, constitué un répit bienvenu pour un président qui reste assailli par les «affaires» personnelles, dont certaines sordides, comme le procès pour harcèlement sexuel que lui a intenté il y a trois ans une jeune femme de l’Arkansas, Paula Jones.
Ce scandale avait gâché le mois dernier un triomphe personnel de M. Clinton, la signature à Paris de l’Acte fondateur entre l’OTAN et la Russie.


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