Le problème primordial des réfugiés a été l’occasion d’une grosse colère, au moins médiatique, du secrétaire d’Etat américain Madeleine Albright il y a quinze jours en Croatie.
Devant les ruines d’une maison de réfugiés et sous l’œil des TV américaines, Mme Albright n’a pas mâché ses mots pour dénoncer les violences commises par des Croates contre des réfugiés serbes de Croatie qui veulent regagner leur foyer.
«Dégoûtant», «choquant», «scandaleux»: le ministre croate de la Reconstruction Jure Radic a bénéficié du même traitement que son collègue des Affaires étrangères Mate Granic, 15 jours plus tôt à Washington dans le bureau de la même Mme Albright.
Les Américains, mais aussi les Européens, exigent de M. Tudjman, signataire de l’accord de paix de Dayton, qu’il en respecte le contenu, notamment le libre retour des réfugiés chez eux.
Ce retour aujourd’hui impossible — pour cause de harcèlement ou de violences — de centaines de milliers de réfugiés, jetés sur le chemin de l’exil par cinq ans de conflits régionaux, constitue de l’avis général l’obstacle numéro un à la normalisation en Bosnie et, dans une moindre mesure, en Croatie.
Quelque 180.000 Serbes de Croatie ont fui après la reconquête par l’armée croate des zones où ils avaient tenté en 1991 de faire sécession, avec l’appui de l’armée de Belgrade.
120.000 se sont provisoirement installés dans l’extrême Est croate, la Slavonie orientale, où ils attendent avec inquiétude, sous administration provisoire de l’ONU, leur retour dans le giron de Zagreb, au plus tard d’ici à six mois.
Les autres se sont réfugiés en Bosnie et en Serbie.
M. Tudjman a accusé le mois dernier l’étranger de ne se soucier que du sort des réfugiés serbes, oubliant les dizaines de milliers de Croates forcés eux-aussi à l’exode par la sécession serbe, et notamment 80.000 d’entre eux expulsés de Slavonie orientale en 1991.
Mais, souligne un diplomate occidental, «c’est le rôle de M. Tudjman en tant que chef de l’Etat de garantir à tous les citoyens, y compris la minorité serbe, le droit à la libre circulation et à la sécurité dans leur pays. Le temps de la réconciliation est venu, six ans ont passé depuis Vukovar».
Vukovar, c’est pour les Croates le symbole de leur résistance à l’avance de l’armée de Belgrade en 1991, et de la sauvagerie des assauts contre les populations: trois mois de siège et de bombardements incessants, exécutions sommaires, y compris de centaines de malades grabataires. Il ne reste de cette ville de Slavonie orientale que des ruines.


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