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Actualités - Opinion

Regard A. Dagher, C. Khoury, M. Saba, G. Merhab Nouveau talents

Le paysage pictural libanais est en train de se transformer lentement mais sûrement par l’irruption de nouveaux talents cherchant à se faire une place au soleil.
Amal Traboulsi (Galerie Épreuve d’Artiste) a été la première sinon la seule à parier sur de jeunes artistes à peine sortis du cocon académique ou carrément autodidactes. Le rythme accéléré de ses expositions et le suivi de la programmation permettent d’accompagner de près l’évolution de chacun d’eux. Ensemble, ils forment une petite écurie où l’on retrouve des tempéraments aussi divers que ceux de Jean-Marc Nahas (qui expose la semaine prochaine), Youssef Aoun, Amal Dagher, Charles Khoury, Aram Jughian, Gisèle Rohayem et j’en passe.
La rançon de cette politique est le panachage avec des artistes plus conventionnels ou plus conformes au goût du public (quel goût? et quel public? cela est une autre histoire). Politique critiquée par les puristes qui ont tendance à oublier qu’une galerie doit équilibrer ses comptes pour subsister, mais reconnue par les réalistes comme le seul moyen de survivre, les choses étant ce qu’elles sont, pour une institution qui supporte de lourds frais généraux. Sans les expositions alimentaires (ou censées l’être), les autres ne seraient même pas envisageables, bien que certains jeunes possèdent déjà une clientèle d’amateurs fidèles.
Tabler sur des talents prometteurs, souvent dénichés au Salon d’Automne du Musée Sursock, comporte certains risques inhérents à leur immaturité et à leur instabilité artistique et contractuelle.
En acceptant de prendre ces risque, A. Traboulsi a permis à des artistes comme Charles Khoury et Amal Dagher, qui ont exposé récemment chez elle, d’approfondir leur expérience sans se soucier de ménager le client.
Amal Dagher, jeune sportive débordante d’entrain, produit pourtant des œuvres impressionnantes de rigueur et d’austérité où la matière prime sur la couleur et le graphisme très sobre, minimal. D’exposition en exposition, son travail devient plus convaincant et plus chargé d’implications et de suggestions. Malgré sa joie de vivre, sa peinture fait d’elle une véritable fille de la guerre, membre d’une génération qui a grandi parmi les combats et les décombres: ses surface lunaires criblées de trous et ses récipients l’attestent silencieusement.
Charles Khoury, dont les compositions abstraites ont connu une forte vogue, les a délibérément abandonnées pour élaborer un monde étrange, peuplé de créatures imaginaires hybrides, d’humanoïdes insectiformes, comme s’il humait l’air du temps (cf. le succès de «Microcosmes», film sur le comportement des insectes). Sans faire de concessions, il est allé de plus en plus loin dans la rigueur, lui aussi. Malheureusement, ses meilleures œuvres, presque entièrement noires, sont restées à l’atelier au profit d’autres plus colorées mais moins abouties, parce que simples étapes sur le chemin.
Mario Saba s’est illustré, au Salon d’Automne, par de grands assemblages de fer et de bois qui laissaient prévoir un tempérament puissant.
Son exposition actuelle chez Épreuve d’Artiste, qui se veut originale, déçoit. Il n’est de toute évidence guère doué pour la peinture. Les tableaux qui servent de support à ses compositions de clous sont de douteuse qualité. Quant aux compositions, elles versent le plus souvent dans la facilité, comme les variantes de planchettes de fakir. Lui aussi est enfant de la guerre: une formidable agressivité s’exprime dans ces pointes ensanglantées, notamment dans la pièce la moins bavarde et la moins complaisante parce que l’idée s’y traduit d’une manière simple et directe: un panneau crevé par un montant de grille métallique en forme de lance.
Saba semble gêné par les formats rectangulaires relativement réduits des tableaux. Il est plus à l’aise dans les assemblages ambitieux qui appellent une plus grande liberté de construction et l’usage de matériaux divers, tel cet «Ouragan» monumental emportant ordinateurs et accessoires (pour le bord de mer de Mina, Tripoli). Peut-être doit-il s’en tenir à ce type de constructions ouvertes, échafaudées de bric et de broc. Malgré l’échec de sa tentative de se convertir à la peinture, il devrait persister: il a l’étoffe, il lui manque le lustre.
Pour sa part, George Merheb (chez Agial) cherche toujours à se trouver une voie à part. Son goût poussé pour le dessin ferme mais simplifié, avec des formules graphiques stéréotypées qui reviennent comme des refrains visuels, le porte à une démarche ornementale et décorative dont la teneur est très vite épuisée.
Il travaille sur des têtes aux traits accentués (les profils sont censés être grecs: les lippes protubérantes les transforment en masques africains), pour traduire le désir, la volupté, mais le convenu de l’expression les vide de toute efficacité, même esthétique.
Le fond ornemental est souvent plus intéressant que les têtes et les études en noir et blanc sont plus réussies que les toiles polychromes qui en ont découlé, celles-ci étant préférables aux découpages de fête foraine exposés dans la rue, qui sont l’aboutissement du travail. La progression est ici une régression, la force du noir et blanc (dont les têtes affrontées rappellent d’anciennes œuvres de Rafic Charaf et de Aref Rayess) se diluant d’une étape à l’autre, sans que rien ne vienne compenser cette perte.
Sans doute, G. Merheb veut-il, comme Saba, sortir du tableau traditionnel. Mais, contrairement à celui-ci qui hurle, finalement, de douleur, il reste parfaitement impassible, sans autre ambition que celle, trop courte, de plaire. Mais il tombe à plat, car ses masques sont trop présents pour être plaisants.

J. TARRAB
Le paysage pictural libanais est en train de se transformer lentement mais sûrement par l’irruption de nouveaux talents cherchant à se faire une place au soleil.Amal Traboulsi (Galerie Épreuve d’Artiste) a été la première sinon la seule à parier sur de jeunes artistes à peine sortis du cocon académique ou carrément autodidactes. Le rythme accéléré de ses expositions et le suivi de la programmation permettent d’accompagner de près l’évolution de chacun d’eux. Ensemble, ils forment une petite écurie où l’on retrouve des tempéraments aussi divers que ceux de Jean-Marc Nahas (qui expose la semaine prochaine), Youssef Aoun, Amal Dagher, Charles Khoury, Aram Jughian, Gisèle Rohayem et j’en passe.La rançon de cette politique est le panachage avec des artistes plus conventionnels ou plus conformes au goût du...