Projet longtemps retardé par les Chinois, le nouvel aéroport de Chek Lap Kok, avec les ponts, routes, tunnels qui y conduisent, illustre cette démarche volontaire qui a fait de Hong-Kong, dont le seul atout naturel était le port en eaux profondes, une formidable machine à échanger et commercer.
La cérémonie de la rétrocession aura lieu dans un spectaculaire centre de conférences, fruit du mariage entre l’argent de Hong-Kong et la technologie occidentale.
«C’est le seul endroit au monde où cela peut arriver et cela en dit beaucoup sur Hong-Kong», affirme le porte-parole de l’Airport Authority, Chris Donnolley, en évoquant le programme de Chek Lap Kok, dont la facture dépassera les 20 milliards de dollars américains.
Mais le territoire minuscule qui sera à partir du 1er juillet une région administrative spéciale (RAS) de Chine, a toujours su voir grand.
Image de marque
Destinée à devenir la nouvelle image de marque du port de Victoria, la nouvelle aile du Convention and Exhibition Centre, qui sera achevée juste à temps pour la rétrocession, a coûté 620 millions USD.
Dans les cartons des bâtisseurs de Hong-Kong, il y a encore un nouveau terminal de conteneurs, qui entrera en service en 1999, une nouvelle ligne de métro, le comblement du port entre la piste du vieil aéroport de Kai Tak et la péninsule de Kowloon.
Il n’aura fallu que sept années pour construire Chep Lap Kok, sur une plate-forme de 938 hectares gagnée sur la mer de Chine et amarrée à la grande île de Lantau. Le nouvel aéroport, qui fonctionnera 24 heures sur 24, doit ouvrir en avril 1998.
L’administration coloniale britannique aura été privée du plaisir d’inaugurer l’aéroport avant de passer la main en raison des retards accumulés dans une longue querelle avec Pékin sur les conditions de financement de ce projet pharaonique.
Un accord n’a été trouvé qu’en 1995, avec la formation d’une autorité de tutelle indépendante, l’Airport Authority, mais la future RAS devra affronter le vent de fronde qui se lève du côté des compagnies aériennes sur la question des coûts aéroportuaires.
Au moins deux compagnies ont déjà menacé de réduire leurs fréquences vers Hong-Kong si elles doivent payer deux fois plus à Chep Lap Kok qu’à Kai Tak, comme cela est prévu.
Clinton Leeks, le directeur du développement de l’Airport Authority, considère qu’il est «simpliste» de comparer les charges et les avantages du futur aéroport avec ceux de Kai Tak, une des plates-formes aériennes les plus embouteillées au monde.
Feu d’artifice
Mais selon l’analyste Jim Eckes, les nouveaux maîtres de Hong-Kong pourraient peser sur les décisions. «Après la rétrocession, dit-il, l’Airport Authority pourrait être soumise à la pression des Chinois», dont les compagnies aériennes seront de gros utilisateurs du nouvel aéroport. Mais il s’agirait alors d’une rupture avec un principe fondamental dans la gestion de Hong-Kong, qui veut que les usagers payent les infrastructures, pas les contribuables.
Avant de partir, l’administration coloniale aura tout de même pu célébrer ses réalisations, à la face du monde et de la Chine, lors de l’inauguration, par l’ancien ministre britannique Margaret Thatcher, du pont suspendu de Tsing Ma, un des dix grands projets composant le programme du nouvel aéroport.
Avec une portée de 1.400 mètres entre les deux piles, le pont est le plus long du monde à usage combiné rail-route et il a coûté 900 millions de dollars.
«Il ne peut pas y avoir de meilleur symbole de l’audace, de la vision et de l’énergie de la population de Hong-Kong que le pont de Tsing Ma», a dit Mme Thatcher, avant d’assister à un spectaculaire feu d’artifice avec les 100.000 Hongkongais massés sur les rives.
Mais la cérémonie avait été boycottée par les représentants de la Chine et par le futur patron de Hong-Kong, Tung Chee-Hwa.


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